Décidément, c’est en classe supérieure que le Rhino Festival nous fait voyager.
Preuve en est donnée ce dimanche encore avec la venue d’Amin Al Aiedy. Toutes les planètes sont alignées pour une soirée parfaite. Une salle bondée, un public à l’écoute rare, quatre musiciens remarquables et, cerise sur Galilée, un hasard malicieux. En effet, c’est au Solar qu’Amin vient jouer son album « Shams » , dont le nom signifie soleil en langue arabe. Cet album, publié en 2023, a depuis été présenté dans de multiples lieux mais c’est la première fois dans le cadre du Rhino Festival. Et, belle surprise, on a droit à une autre première, à savoir la découverte de leur deuxième album. Il s’intitule « Qamar », est déjà enregistré mais ne sera publié qu’en janvier 2027 (label Musiques en ballade). Pour la petite histoire, le titre signifie Lune … Alors, ce soir, salut Charles, le soleil a rendez-vous avec la lune et les deux vont s’amuser à des jeux de lumière. Voilà donc sur scène Amin Al Aiedy, oudiste, compositeur, arrangeur, joueur de nay (flûte de roseau ouverte aux deux extrémités), les tous excellents Vincent Forestier au piano, Mathéo Ciesla à la batterie et le Lyonnais Yann Phayphet à la contrebasse.
Pieds nus, enracinés à la terre et le cœur céleste. Le concert sera composé pour moitiés de l’un et de l’autre opus, comme une sorte de métaphore pour parler de l’orient et de l’occident, loin des discours disant qu’ils sont antagonistes, au contraire des lieux de rencontre . Et Amin Al Aiedy de souligner: Je suis né en France et je suis très fier d’être français. Mon père est irakien et je suis très fier de cette culture aussi. Cette double culture et la richesse de ses nuances va éclairer l’ensemble du set. Cela débute par un titre de « Qamar », Zéro G, du nom de l’Airbus qui réalise des vols paraboliques simulant pendant quelques secondes l’impesanteur. On entre doucement à la fois dans et hors atmosphère, d’abord avec deux accords simples joués en boucles sur le piano, puis le paysage sonore s’ouvre crescendo, au fur et à mesure de l’entrée des autres instruments. Et tandis que la rythmique se fait transe, c’est au nay d’élargir d’espace, d’une mélodie à la fois aérienne et puissante. C’est ensuite Morning fractal. On y converse sur le perron, il fait beau, des respirations sereines s’échappent des cordes de l’oud. Mais voilà soudain qu’il est pressé de parler, l’énergie enfle. A la contrebasse, Yann ferme les yeux, tous semblent danser dans une interaction totale, personne ne prenant le pas sur l’autre. Puissance.
D’autre titres sont des ballades, comme Isabelle. Vincent Forestier s’invite dans le corps du piano pour mettre en place des ambiances, il devient le metteur en scène de l’espace, tout en développant le motif mélodieux avec brio, le doigté profondément sensible. L’oud s’immisce et le dialogue se pare de finesse, toutes les perceptions sensorielles à nu. Une autre fois, on entend Snow on Baghdad, dédié au Liban et à la Palestine, un morceau dont la belle rythmique sent la joie évidente de jouer.
En rappel, place à Shams. Le titre éponyme de l’album est lumineux, chaleureux, ça grouille de vie sous les notes. Mais, comme pour toutes les compos, il alterne les modulations, fait se rencontrer les influences. Des arabesques, bien sûr qu’il y en a, du maqâm aussi, cette base mélodique des musiques du moyen-orient, mais aussi des nocturnes qui sentent Chopin, une pulsation carrément jazz et un duo basse-batterie de ouf.
La lune était là, le soleil l’a vue, on est sorti avec des étoiles plein les oreilles.
