Le Rhino Festival est un drôle de contorsionniste, qui pratique, malgré son certain âge, de grands écarts saisissants. Un jour, c’est Élodie Pasquier en solo intimiste (voir ici). Deux jours après, c’est Anna Stevens et son septet frétillant. Ça vous ouvre tout un champ de jazz(s) à cultiver de façon déraisonnable. Et on aime ça. Nous voilà donc au Quarto : ça grisonne un peu, mais la récolte de déhanchements s’annonce bonne. Il faut dire que le septet est précédé d’une aura qui balance pas mal à Unieux ; ça se vérifiera.
À noter que le plus jeune auditeur n’a que sept semaines. Il s’agit du bébé d’Anna Stevens et de son conjoint, Galaad Moutoz, par ailleurs pianiste, compositeur et arrangeur du combo. Les autres musiciens sont Malo Mazurié, trompettiste qui rend hommage à Bix Beiderbecke dans son prochain album (sortie en janvier 2027) ; Jérôme Etcheberry, trompettiste à la carrière plus qu’impec ; Björn Ingelstam, trompettiste suédois élevé sur les scènes new-yorkaises. Aux côtés de ce trio cuivré impressionnant, le contrebassiste vénézuélien Fabricio Nicolas-Garcia navigue avec plaisance sur des eaux aux roulis maîtrisés. Quant au jeune batteur danois Malte Arndal, il s’impose déjà sur la scène jazz française et internationale. Avec de tels CV, on prend tout de suite.
Mais parlons de l’égérie vêtue de lamé. Elle est depuis toujours passionnée de swing, et ce feu sacré, elle le partage depuis plus de dix ans dans les clubs de jazz parisiens, autant que dans des festivals internationaux ou sur la scène de l’Opéra Garnier.
Ce septet est celui avec lequel elle a enregistré son premier opus, « Swing Me Now », publié l’an dernier et dont elle a signé les paroles et les musiques. Elle en présente plusieurs titres lors du concert, tels City of Light, en référence à la ville-lumière qu’est Paris, Shine on Me, The Bride’s Blues ou le titre éponyme de l’album. Pour le reste, et avec une aisance et une disponibilité vocale confondantes, elle va interpréter des standards jazz ou jazzy, comme Ain’t She Sweet, C’est si bon ou la chanson générique de Michel Legrand pour le film « Peau d’Âne ». Elle fait aussi un détour très dixieland avec Why Don’t You Go Down to New Orleans, ou nous inonde de notes chaloupées avec C’est l’amour à la plage, du groupe Niagara.
Elle a le timbre chaud, rond, puissant et plein d’une ardeur nuancée, mais c’est son sourire qui, décidément, l’emporte, comme une fenêtre ouverte sur l’évident plaisir qu’elle prend à chanter. Cette pétillance et cette décontraction se retrouvent dans les sections rythmiques et mélodiques, dont la remarquable technique ne prend jamais la place d’une interaction ludique. Les trompettistes se parlent entre les chorus : c’est du sérieux qui fait marrer, ça fait surtout du bien. Ça swingue, quoi, et donc ça danse ! Ludovic Chazalon n’est pas en reste, entraînant une partie de la salle à se lever et à rejoindre le devant de la scène pour un balancement jubilatoire.
Les musiciens :
- Anna Stevens : voix
- Malo Mazurié, Jérôme Etcheberry et Björn Ingelstam : trompettes
- Galaad Moutoz : piano
- Fabricio Nicolas-Garcia : contrebasse
- Malte Arndal : batterie
