Daniel Migliosi Quintet : une trompette déjà souveraine
À vingt-deux ans, le Luxembourgeois Daniel Migliosi n’a plus grand-chose d’un « jeune espoir » : il s’affirme comme un trompettiste et compositeur déjà pleinement formé (il lui reste quand même un an avant de finir son cursus à l’école de musique de Cologne). En quintet, il venait présenter « Quintanopia », son nouvel album, avec une maturité précoce, un son velouté à souhait, des attaques incisives et un phrasé d’une délicatesse remarquable — sans oublier ces contre-uts naturels qui font mouche.
La soirée débutait par une reprise d’Utopia de Wayne Shorter, choix éclairant : non pas un hommage appuyé, mais une manière d’inscrire d’emblée le quintet dans une lignée de jazz moderne, curieux, fluide et narratif. Le groupe enchaînait ensuite sur les compositions de Migliosi figurant sur « Quintanopia », un répertoire qui mêle hard bop, swing et couleurs contemporaines.
Un quintet recomposé, mais cohérent
Le plateau avait connu quelques remplacements. Jules Charbonnier, jeune pianiste parisien, occupait le piano à la place de Levi Harvey — dommage pour celles et ceux venus (re)découvrir ce jeune claviériste — et Géraud Portal prenait la contrebasse d’Antoine Léonardon. Kai Craig tenait la batterie, tandis que Simon Comté, saxophoniste ténor non annoncé initialement, s’imposait comme un véritable atout : ses dialogues avec le leader donnaient au quintet une densité et une vivacité supplémentaires.
Il suffit d’ailleurs de consulter les parcours des deux soufflants pour comprendre la qualité de ces échanges. Migliosi, né en 2004 à Esch-sur-Alzette, a notamment intégré l’Orchestre National de Jazz, le JugendJazzOrchester NRW puis le BundesJazzOrchester et l’orchestre de la WDR (rien que ça !) ; Comté, de son côté, développe une carrière déjà solide, avec quelques prix prestigieux à son palmarès et un premier EP de son quartet enregistré à New York.
Une trompette qui raconte
Ce qui frappe chez Migliosi, c’est l’équilibre entre virtuosité et discours. Son jeu ne cherche jamais l’effet pour l’effet : le son reste charnu, chaleureux, souvent velouté, mais les attaques peuvent devenir tranchantes lorsque la musique l’exige. Son phrasé, précis et chantant, donne à chaque thème une présence immédiate.
Autour de lui, le quintet fonctionne avec une belle intelligence collective. Portal apporte une assise souple et chantante, Craig une batterie précise sans lourdeur, Charbonnier des réponses colorées au piano, et Comté un contrechant ténor qui élargit le spectre harmonique.
Le rappel, entamé depuis les coulisses à la manière d’un marching band, se conclut par un joli duo batterie-contrebasse : un final léger, malicieux et parfaitement dans l’esprit de la soirée.
Une réserve sur les lumières
Seul bémol, et non des moindres : la lumière. Transformée en véritable Luna Park, elle a multiplié les flashs à contretemps, les changements de couleurs et d’intensité en plein milieu des morceaux, allant jusqu’à gêner les musiciens. Quand la scène devient plus bruyante visuellement que la musique elle-même, on peut légitimement s’interroger sur le sens de la mise en lumière.
Les musiciens :
- Daniel Migliosi : trompette
- Simon Comté : saxophone ténor
- Jules Charbonnier : piano
- Géraud Portal : contrebasse
- Kai Craig : batterie
