31/01/2026 – Naïssam Jalal Trio au Saint-Fons jazz

31/01/2026 – Naïssam Jalal Trio au Saint-Fons jazz

Pour ce dernier jour de janvier et cinquième  du festival, Marianne Mathieu [Ndl : la directrice du Théâtre Jean Marais] nous accueille et présente clairement la soirée de ce soir pour deux concerts.

Tout d’abord, pour cette journée féminine, nous accueillerons le trio de Naïssam Jalal. Elle arrive à cour vêtue d’une longue robe style djellaba noire et fleurie, tandis que Léo Montana s’installe tranquillement au piano à jardin et Apostolos Sideris derrière sa contrebasse au centre.

Elle nous accueille avec sa flûte traversière, pour un morceau long agrémenté par l’utilisation d’un petit nay en bois. Le ton est donné pour ce moment de musique et de prière. Al Leil sera le premier titre du concert (ces morceaux de sa composition peuvent se retrouver sur le CD Quest of the Invisible sorti en 2019). En arabe, cette expression signifie « le mystère de la nuit » et elle nous rappelle que le prénom Leïla signifie « La nuit ».

Pour Le chant des nuages, la flûte et la contrebasse se répondent et si nous fermons les yeux comme l’artiste, il nous est facile de s’imaginer en train d’observer le ballet des nuages dans le ciel, le piano les rejoint et la fin s’accélère.

Le temps (que Naïssam nous dit à l’issue du concert être un des titres préférés du public) est d’abord chanté puis le trio reprend. Naïssam nous a précisé que cette incantation fait référence aux différents aspects du temps : la malédiction du temps qui passe et nous approche inéluctablement de la mort mais surtout le temps qui passe et nous éloigne de ce que nous sommes en naissant, pour incarner notre idéal, nous émanciper et potentiellement devenir quelqu’un de meilleur… L’éclairage de l’artiste nous permet de mieux appréhender ce chant engagé, profond…

L’âme du voyageur, hommage à l’altérité, nous invite à nous poser la question du doute, pas toujours agréable mais qui permet de grandir et se demander si on était tous des voyageurs, si on accueillerait mieux les autres ? L’intro à la contrebasse nous y invite, puis le morceau où cris, rapidité de la flûte, engagement du trio se termine plus apaisé… Avez-vous compris l’urgence d’accepter l’autre ?

Le concert se poursuit par un solo magistral de Léonardo Montana, délicat, tendre, virtuose sans excès, de plus en plus rapide et aigu, se calmant pour une fin apaisée. Naïssam chante doucement, la contrebasse se fait discrète et le piano frappe un tempo lent, elle prend de petites percussions pour le rythme, le trio est à son apogée de connivence avec des regards et des sourires qui en disent long… une petite ondulation de son corps parachève ce temps de grâce et de célébration. Apostolos Sideris apportera sa touche tendre grâce à son interprétation à l’archet… La joie est à nouveau évoquée quand elle finit en chantant dans l’écrin musical de la contrebasse et du piano.

Naïssam remercie alors les équipes du théâtre, du conservatoire où elle a animé une masterclass le matin, présente ses musiciens :  Léonardo Montana, le pianiste « un vrai frère » et  Apostolos Sideris, le contrebassiste talentueux et engagé !

Elle explique la genèse du projet de cette musique : le besoin de se réfugier, d’avoir une spiritualité… et nous demande, s’il en était besoin, de nous mobiliser contre l’extrême droite…

Pour Ivresse, qui est l’abandon dans la tradition Soufi, elle nous invite à profiter du monde qui est beau, elle entame avec une respiration accélérée et forte, prend sa flûte pour nous immerger dans une tradition musicale où on retrouve les mélopées lentes des prières, des sons aigus et des complaintes mêlées aux chants. Le crescendo nous entraîne de plus en plus rapidement jusqu’à l’ivresse du son.

Pour un rappel tellement attendu, ce sera Prière où elle demande « Oh Dieu, protège-moi de moi-même », la contrebasse introduit un chant profond de Naïssam qui approche le cri, l’archet de la contrebasse tempère puis le piano joue pendant son chant ample et les gestes qui l’accompagnent, elle finit seule…

Le spectacle vivant n’a jamais autant porté son nom, tant un moment suspendu comme ce soir nous a invité à penser, prier, rêver, imaginer en compagnie de cette artiste vraie, entourée de musiciens d’exception qui ont communié avec elle dans son ode à l’humain.

La qualité d’écoute des spectateurs de ce soir a été d’ailleurs au niveau de la profondeur du propos et de la beauté du set.

Auteurs/autrices