05/02/2026 – Isaiah Collier à la MC2

05/02/2026 – Isaiah Collier à la MC2

Les quatre musiciens entrent sur scène, prennent place rapidement et le concert débute sur une intro fantasmagorique, ébouriffante. Nous sommes dans la place du jazz vivant !

Le 23 septembre 1926 exactement, cela fera cent ans que naissait John Coltrane à Hamlet, Caroline du Nord et avec quelle courtoisie et dédicace forte, Isaiah Collier propose des improvisations, relecture de cet artiste emblématique.

Je vous l’avoue avant ce soir, je ne le connaissais pas vraiment mais cette fois, je n’oublierai pas son nom et surtout pas cette musique.

Isaiah Collier, homme longiligne de grande taille aux membres allongés, mince vêtu avec veste de costume, cravate et bagues au doigt joue de son saxophone, parfois les yeux clos, prolongement de son souffle vital, quelle classe absolue, c’est physique !

Ces quatre musiciens jouent une exploration créatrice, en pure introspection. Le batteur, Tim Regis est un percussionniste avec un swing remarquable. De sa batterie, il nous envoie une explosion de couleurs, de saveurs, la cuisine du jazz au sens artistique le plus noble. Son jeu enflamme les compositions. Il joue avec Collier sur d’autres projets. Les doigts de Davis Whitfield courent sur les touches du piano. Il joue dans les belles salles du monde du jazz avec les plus grands et ce soir il le confirme avec quelques solos, discrètement rejoint par le contrebassiste, Conway Campbell identité new-yorkaise de talent.

Sans un mot, ils enchaînent les standards complètement réinventés revisités sous la lumière bleue de la scène dans une superbe influence réciproque, contrebasse-batterie en pleine accélération et descente du rythme sur un solo du pianiste durant lequel Collier change de saxophone. Il jouera aussi des percussions, tambourin, sifflet dans ces moments intemporels.

Dans la salle, ce ne sont que sourires et applaudissements.

Après quelques morceaux , Isaiah Collier prend la parole pour nous dire en quelques mots comment est né ce projet, son attachement à la musique de Coltrane, aux années 75-77 ; il cite aussi Eric Dolphy….

Et entrent sur scène, deux saxophonistes, Tomoki Sanders et Ornella Noule. Collier s’efface un temps et laisse ses deux invités sur scène.

Tomoki Sanders est new-yorkais, Tomoki par l’origine de sa mère japonaise et Sanders, oui, c’est bel et bien le fils de Pharoah. Vous me direz, on s’en fout…et bien non !  Quel jeu étrange, puissant, recherché. Le Free jazz, il ose, beaucoup, et quelle pulsation ! Un talent « roots » qu’il assortira de la percussion d’un disque justement placé là, à son attention. Il jouera tourné vers la batterie pour une dinguerie superbe et généreuse et Tim Regis en symbiose tape tape sur les caisses, les cymbales. C’est superbe !

Ornella Noule, l’européenne, penchée sur son sax, est la révélation d’une intimité, un souffle coltranien, esthétique et fort.

Au piano, les mains de Davis Whitfield en plongeon superbe sur les touches, c’est une exploration magique, très forte.

Collier nous dit merci en français et présente les musiciens.

Ce fut un voyage interstellaire, puissant aussi par la force des racines. Comme l’aube, lorsque le soleil monte… Émerveillement ! Quel style ce jeu de saxophones lorsqu’ils se remettent à jouer tous ! J’ai du mal à rester assise sur mon siège, j’ai envie de taper du pied, bouger telle une brindille face à ce flow ! Ils sont jeunes et ils possèdent déjà sourire intérieur et vérité audacieuse,…

Je peux vous raconter ce concert exceptionnel mais je vais cesser là.

Coltrane a révolutionné le jazz et l’hommage rendu par Isaiah Collier est une superbe réussite, un état de grâce atteint qui fait tout oublier, exactement ce qu’ils nous faut en ce jeudi 5 février 2026.

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