03/02/2026 – Anne Pacéo « Atlantis » à l’Opéra Underground

03/02/2026 – Anne Pacéo « Atlantis » à l’Opéra Underground

« Le triomphe du Bleu Paceo dans la grande salle de l’Opéra de Lyon ! »

 

Que de chemin parcouru pour cette batteuse-compositrice d’exception !

Nous avions fait sa connaissance en juin 2012 à feu Fort en jazz de Francheville, pour une soirée « batteur » au cours de laquelle elle ouvrait pour la légende Billy Cohbam. Lequel avait interdit que qui que ce soit ne s’installe sur sa batterie… La frêle et timide jeune Anne Paceo s’était quand même assise sur son tabouret XXL, c’était assez amusant. Elle avait fourni une belle prestation pour ce qui était alors un de ses premiers projets. Nous l’avions ensuite programmé au nouveau centre culturel d’Ecully en mars 2014, elle était alors la première artiste à fouler la scène et la saison avec son merveilleux Yokaï. Depuis, Anne est devenue une artiste accomplie qui arpente les plus grandes scènes du monde dont celle de Jazz à Vienne où sa dernière apparition il y a deux ans en ouverture du festival avait été très remarquée.

Nous la retrouvons à Lyon, pourtant une ville dans laquelle elle se produit rarement selon ses propres dires. Invitée par Richard Robert à la base pour l’Opéra Underground (cette mention figurait d’ailleurs sur les affiches et la com), elle se retrouve ce mardi 3 février en mode grande salle entre deux représentations de l’Opéra Louise (le décor de fond de scène atteste bien que la batteuse a fait une incartade furtive mais « Sold out » dans la salle de mille deux cents places !). Ainsi lorsqu’Anne Paceo pénètre sur scène avec son sextet, elle semble impressionnée de la jauge de la salle et du public qui l’attend avec impatience pour son nouveau projet, Atlantis dont le disque éponyme est sorti récemment. Elle trône au milieu de la scène sur des praticables surélevés entre des musiciens dont certains sont des compagnons de route de longue date à l’image du soufflant Christophe Panzani, mais aussi des nouvelles têtes majoritairement féminines, et on pourra compter sur quatre chanteuses au total dont une invitée. Au piano nous remarquons le très demandé et tout-terrain Gauthier Toux. Anne « se plait à explorer des continents imaginaires, des mondes rêvés, créer des ponts, là où, sur le papier, il n’y en aurait pas. Cette fois-ci elle avait envie de créer de nouvelles cartographies musicales, celles d’une cité perdue, rêvée, mythique : l’Atlantis », telles étaient les intentions de ce concept-album autour du Grand bleu. Le premier morceau The Edge donne la couleur de cette musique « jazz pop électro » immersive composée entièrement par la batteuse qui affiche une belle maturité pour ce qui est déjà son huitième opus. Avant de passer au second titre Inside, Anne Paceo prend la parole pour dire le caractère impressionnant de cette grande salle pleine (elle se rappelle avoir déjà joué auparavant au Péristyle et à l’underground !), et pour présenter musiciens et projet. Atlantis parle de sa nouvelle passion, la plongée sous-marine, et se nourrit de tout ce qui tourne autour de l’eau, invoquant « le grand tout » cher à l’écrivain Romain Rolland. Le morceau qui suit, Aube marine se présente avec un environnement sonore plus « dark » ; la drum bass de la grosse caisse et la caisse claire accordée grave avec la peau détendue de la batteuse pulsent à plein régime. Elle complètera ensuite la mise en valeur de son projet aquatique en faisant remarquer que les humains ont davantage exploré l’espace que l’eau… Le quatrième morceau a des accès plus jazz notamment avec le drumming de la batteuse qui rappelle bien qu’elle vient du ternaire. Gauthier Toux en profite pour s’échapper pour un long chorus de piano. Il faut citer dans le line-up de la soirée la chanteuse Isabelle Sorling (qui remplace la chanteuse Cynthia Abraham figurant sur le disque) et ses envolées lyriques et déchirantes souvent très bjorkiennes.

Puis vint alors un moment inédit où la batteuse descend de son kit pour se mettre sur le devant de la scène et chanter avec seuls un piano et un clavier pour l’accompagner, « c’est aussi une première, d’habitude je chante plutôt sous la douche » confie-t-elle au public ravi. Elle interprète Love Song, une composition dédiée à la personne avec qui elle a appris la plongée. C’est ensuite le moment d’accueillir l’invitée de la soirée, Laura Cahen qui va chanter plusieurs chansons dans la langue de Molière (chansons qu’elle a composées pour l’album). C’est pour moi un moment un peu moins intéressant avec cette prestation très nouvelle chanson française qui n’apporte pas grand-chose à ce beau projet. Et on se dit aussi que d’un coup cela fait peut-être beaucoup de chanteuses sur scène en même temps. L’invitée reviendra par la suite pour un autre titre, entrecoupé par un beau titre feutré qui se termine par un superbe duo entre la trompette et le piano, un moment suspendu. Anne reprend les rênes avec une de ses compositions The Diver (la plongeuse), qui narre l’épisode de sa seconde plongée sous-marine au cours de laquelle elle s’est perdue dans des eaux troubles…Une belle frayeur à coup sûr.

Nous avons omis de mentionner sur scène la présence de la grande barre à leds, suspendue au-dessus des musiciens qui donne principalement au show une couleur bleue, mais parfois aussi des teintes rouges. Ces lumières virent par moment aux effets stroboscopiques relayant le mélange de transe et d’introspection proposés par le groupe au niveau sonore.

La fin du concert approchant après un lot de 4/4 à la batterie qui aurait aussi bien mener à un vrai chorus, Anne Paceo présente à nouveau ses musiciens et annonce qu’elle est venue avec ses disques (elle a même monté son propre label). Le show semble s’acheminer doucement au bout d’une heure et vingt minutes, mais le public conquis lui fait une Standing Ovation pour un rappel, et la batteuse-compositrice se montre très émue par l’accueil des Lyonnais qu’on décrit trop souvent comme peu démonstratifs et chaleureux. Le morceau du bis se nomme Sedna et propose un rendu électro-psyché lyrique avec des voix transformées et avec pas mal d’écho. Le groupe pense s’en tirer après ce titre mais le public se lève à nouveau pour réclamer une suite… Ce sera donc un second rappel avec Au large, une évocation du phare de Cordouan, « un lieu magnifique et poétique » d’après les dires d’Anne, et qui se trouve être un des derniers phares à être habité durant presque toute l’année. La soirée s’achèvera donc dans ces sphères maritimes lointaines et inspirantes à l’image de la couleur bleu Paceo que la batteuse-compositrice a imaginée pour ce voyage dans l’Atlantis, et qu’elle a su si bien partager avec les mille deux cents chanceux engourdis par les eaux. Lesquels spectateurs littéralement hypnotisés ont eu ensuite le plus grand mal à refaire surface sur la terre ferme !

Les musiciens :

  •  Anne Paceo: batterie et voix :
  • Gauthier Toux: piano, clavier
  • Maya Cros: claviers et voix : 
  • Christophe Panzani: saxophone : 
  • Lilian Mille: trompette : 
  • Isabelle Sorling: voix et percussions : 
  • Laura Cahen: voix

Auteurs/autrices