Salle Plissonnier à Primarette, nouveau carton plein : plus une chaise disponible et quartet explosif sur la scène pour embarquer les aficionados que l’association a su attirer au grès de ses propositions (et il n’y a pas que des têtes blanches…). Invité d’une espèce de trio « régional » de première bourre avec le pianiste Étienne Déconfin, le contrebassiste Christophe Lincontang et le batteur Andy Barron, le ludion saxophoniste Baptiste Herbin a emmené son auditoire sur la planète du plaisir en ébullition.
Un superbe piano dynamique et sensible, bourré d’harmonies, une contrebasse solide et mobile et une batterie continuellement inventive tout ce qui convient pour que vole, en acrobate voltigeur inspiré au 1/10ème de seconde, le soliste saxophoniste avec un son puissant et une infinie justesse sur toute l’étendue de ses instruments et au-delà en n’hésitant certes pas sur la prise de risque. Baptiste a dégusté, avec une gourmandise analytique gargantuesque, tous les grands saxophonistes de l’histoire que l’on ne peut s’empêcher de tenter de déceler dans son jeu : Parker évidemment mais aussi Lee Konitz et Cannonball Adderley, dans son parcours initiatique il a aussi dû séjourner sur la côte ouest pour écouter Bud Shank et Art Pepper. Mais il y a évidemment tout ce qui fait la personnalité authentique et contemporaine d’un musicien à l’imagination débordante que sa haute maitrise des instruments peut lui permettre sans l’ombre d’une hésitation. Il est aussi un arrangeur original pour ce répertoire exclusivement composé ce soir des fameux standards du jazz. Baptiste Herbin assume sa période Django comme pour ce Night and Day sur la base d’un solo de Django Reinhardt ou encore l’adaptation de la Swing Valse de Gus Viseur qu’il jouera au soprano avec des suraigus inimaginables. La délicatesse, il l’utilise aussi, comme sur ce Nuage avec les vibratos charmeurs nécessaires, puis Tea for Two dans une vision cha-cha-cha ou encore le Wabash de Cannonball, Can Alma de Dizzy puis comme une pause avec Spring Can Really Hang You Up the Most pour finir avec la vision monkienne de Sweet Georgia Brown devenu Bright Mississipi et qui prendra des airs de Nouvelle Orléans sous les baguettes d’Andy Barron… Il est à l’aise notre altiste en présentant son concert, un peu comme pour une master classe, il donne rendez-vous à son public pour ses prochains passages par chez nous et notamment la semaine prochaine où il retrouvera Michael Chéret, son ami de vingt ans.
P.S. En mai, Etienne Déconfin part en tournée promotionnelle à la tête d’un autre trio « jazz » pour accompagner la chanteuse Veronica Swift, pas une date en France comme c’est étrange…?
