Deux altonissîmes !!
Ils sont venus se glisser subrepticement pour assumer cette première partie dans un piano sax abouti, Géraldine Laurent, l’une des trois brillantissimes saxwomen nationales et Laurent de Wilde ce professionnel aux multiples talents. On s’attendait à des plages de Cooking l’opus de Géraldine, mais ce fut du Monk à toutes les sauces, la spécialité de Laurent. Think of one, évident pour démarrer, jeu subtil syncopé de piano et ponctuations avides du sax, en fait l’inverse d’un piano voix. Un aparté avec le african flowers de Duke Ellington avant un hommage rendu à Francis Marmande, célèbre chroniqueur disparu récemment, firent l’intermède pour terminer sur un medley Monkien. Belle virtuosité vivace de l’alto dans le plus pur style de Géraldine, avec une réinterprétation affranchie mais non éloignée sur les thèmes du maître de Laurent, une combinaison qui leur permit une belle démonstration réciproque. Une agréable mise en bouche du menu principal Kenny Garrett.
L’illustre musicien vient à la tête de son sextet décliner la totalité de son cinquième album pour MackAvenue, Sounds from the ancestors. C’est d’emblée un véritable combat musical qui se déchaîne sur la scène voironnaise du Grand Angle. Il se dandine furieusement d’avant en arrière dans une sorte de prière de derviche statique faisant revivre ses racines et ressuscitant ses ancêtres. Un rythme contagieux inspiré de ses maîtres Art Blakey et Miles Davis, fait monter la température réchauffée de la salle. Il développe un groove entre jazz moderne, funk et soul. On croirait qu’il vocifère ses notes acides dans un tintamarre orchestré, où chacun apporte sa contribution éclecto-onirique au service du soliste. La basse Corcoran Holt semble égrainer un chapelet mystique sur un rythme panafricain, le pianiste Keith Brown transmet un soutien expressif et talentueux à l’ensemble. Seule la voix de Melvis Santa en ponctuation, a de la peine à se faire entendre dans cette prière collective, tout comme les percussions de Rudy Bird présentes mais qui savent se faire oublier dans cet ensemble de sons volcaniques. Une découverte, le batteur Ron Bruner survitaminé, fait le show, omniprésent sur le plateau, mais sans voler la vedette au patron de la scène. La virtuosité des protagonistes nous délivre morceaux après morceaux des contributions explosives faites de chaleur collective dans cette musique festive.
Kenny aime jouer avec son public, il joue de la main gauche sur son instrument, dos tourné, il harangue l’audience de l’autre main, tel un défi qu’il lui lance. Le public déserte les fauteuils, invité dans ce manège infernal par le magnétiseur au costume sombre. Avalanche de sons débridés qui réveille également les ancêtres affranchis de ces sonorités frénétiques. Kenny entame un dialogue chanté avec cette foule hypnotisée et dansante. Elle le mime et lui répond joyeusement. On sent un Kenny transpirant de plaisir contagieux, après trois fausses sorties de rappel, il ne semble pas vouloir quitter la scène. Dernière apparition solo, il s’en retourne en se dandinant et interprète time to go home en guise d’au revoir.
Un fameux concert comme on les aime
