21/03/2026 – Baptiste Herbin & Michael Cheret Quartet au Solar

21/03/2026 – Baptiste Herbin & Michael Cheret Quartet au Solar

Un vent californien, bien cool et sans silicone, a soufflé samedi sur la scène du Solar, lors une soirée irriguée par un très bon jazz west coast. Les saxophonistes Baptiste Herbin et Michael Cheret viennent en effet présenter Side by side, un album aux neuf plages*, publié il y a six mois. Et c’est la totalité de cet opus, fruit d’une connivence de plus de vingt ans entre tous deux, qu’ils dévoilent, accompagnés par d’autres excellents fidèles, le contrebassiste Patrick Maradan et le batteur Philippe Maniez. Voilà donc une histoire de potes, quoi de mieux ? Mais pourquoi ce choix de la west coast ? Tout simplement, parce que c’est « une passion commune » entre le baryton et l’alto qui, « il y a quelques années, avaient déjà arrangé des morceaux dans l’esprit de cette musique née dans les années 50/60 de l’autre côté de New-York, là où des musiciens jouaient une musique différente ».

Cette soirée d’exception, cela fait longtemps qu’on la désire, comme Clemenceau concevait l’amour, dans la fébrilité de l’attente. Alors, même si la salle est pleine mais pas bondée, on ne va pas bouder notre plaisir. Au sein de ce quartet sans piano mais propice aux envolées duophoniques des sax, le swing s’invite rapidement. D’abord avec Hailey’s Comet d’Al Cohn, un titre interprété de façon festive, limite fanfare, pour une entrée en matière très expressive. Puis avec Emily de Johnny Mandel nourri, comme l’ensemble des morceaux, « d’arrangements en contrepoints entre les deux solistes ». Ici, tout s’apaise, les sons caressent, à la batterie les balais tiennent la bride aux tempêtes intérieures, l’ambiance acoustique se drape de velours même si, de ci-de là, un p’tit côté valse et guinguette s’invite entre les échanges harmonieux des solistes. On a d’ailleurs l’impression, et tout au fil du concert, d’assister à une vraie réunion de famille, celle des saxophones. En effet, chacun des musiciens -et surtout Baptiste Herbin- passe de l’un à l’autre avec une éblouissante facilité. C’est un festival, dont on regrettera simplement le son trop « en dedans » du baryton pourtant virtuose de Michael Cheret (problème de sono ? Trop loin du micro ?).

On se dirige ensuite vers le Brésil aux côtés de Marion, une compo écrite par Baptiste Herbin pour sa belle-sœur, ce Brésil « qui a toujours nourri les musiciens », dans lequel il s’immerge régulièrement et à qui il a rendu hommage dans Vista Chinesa, un opus sorti en 2020. On déguste déjà pas mal et ça continue avec Paçoca, une cacahuète enrobée d’un son latino parfaitement identifiable, ça coule autant de source sonore que de miel à l’écoute. Caliente. Herbin pousse ici son instrument dans ses ultimes retranchements. Je me dis alors qu’il doit vraiment l’aimer pour que tous deux mêlent leur charnel voisinage dans une telle communion, comme s’ils se connaissaient à fond et ne cessaient pourtant de se surprendre. La suite est surtout composée d’arrangements des titres de Gerry Mulligan. Il y a Turnstile, au pep’s convaincant, brillante rythmique. Puis Festive Minor. La contrebasse y bouillonne de tendresse, les lignes harmoniques se superposent en de naturelles impros, il y a du chabada dans l’air et l’envie de chanter, sans compter la chatoyante calligraphie sonore des sax. Allez, encore un peu de bonheur. Ce sera avec After You’ve Stayed , une paraphrase d’After you’ve gone de Corea, composée par Michael Cheret ou Line for Lyons, au style contrapuntique d’une clarté lumineuse.

Ovationnés, rappelés deux fois, les quatre musiciens ont joué les sorciers pour faire naître, à partir de paysages sonores bien trad’, de nouvelles et inédites libertés. C’était vraiment cool, dingue donc !

 

 

*Utter Chaos (Gerry Mulligan), Walkin’Shoes (Gerry Mulligan), After You’ve Stayed (Michael Cheret), Emily (Johnny Mandel), Hailey’s Comet ( Al Cohn), Marion (Baptiste Herbin), Paçoca (Baptiste Herbin), Turnstile (Gerry Mulligan) et Line for Lyons (Gerry Mulligan)

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