16/04/2026 – Foehn & Fleur Worku au Périscope pour le Récif Festival

16/04/2026 – Foehn & Fleur Worku au Périscope pour le Récif Festival

Le souffle intense d’un vent nouveau

Présenté en live à l’occasion du festival Récif, «Soleil de Minuit» le dernier album de Foehn marque une étape supplémentaire dans l’évolution du trio lyonnais qui confirme plus que jamais sa bascule vers les sons synthétiques de l’électro et de la transe tek’ des dance-floors d’outre-Manche. Sans jamais pour autant perdre son âme dans des compos toujours aussi oniriques, où le son et l’émotion qui sont les marques de fabrique très identifiables du groupe sont préservés. Mais le changement le plus notoire réside dans l’ajout inédit d’une voix, avec la présence irradiante sur quelques titres de la chanteuse Fleur Worku, inattendue ici mais qui se fond avec bonheur dans cet univers sonore fantasmagorique auquel elle apporte, face à la technologie des machines, de l’humanité avec beaucoup de sensualité. Extra !

Bientôt dix ans de présence, déjà, depuis la sortie en 2017 de «Magnésie» sous le haut patronage de Dédé Manoukian. Concoctée dans les hauteurs chamoniardes, la musique du Foehn Trio était celle des cimes, aérienne et atmosphérique, où le piano du compositeur Christophe Waldner révélait une patte impressionniste où l’influence du classique français du début du XXe siècle se fondait dans la modernité du jazz contemporain façon E.S.T. . Un univers approfondi dans le bien nommé «Highlines» à l’heure des confinements, qui trôna en majesté sur le podium de mon best-of 2020 en prenant résolument un virage plus électro. Avec «Elements», lui aussi parmi nos albums préférés de 2023, Foehn délaisse symboliquement l’appellation Trio sans doute trop connotée jazz, pour affirmer son positionnement sur les musiques actuelles, électroniques voire franchement technoïdes, l’apport technologique étant magnifié encore dans la scénographie du live par les vidéos de Malo Lacroix, dans une fresque sonore et visuelle intensément ouverte vers l’imaginaire. Une évolution progressive qui n’a cependant jamais fait perdre au groupe lyonnais, parmi les plus émoustillants de la place, ni la force onirique de ses compositions climatiques, ni le son particulièrement identifiable qui fait désormais sa singularité, avec une manière qui n’appartient qu’à lui et consistant à alterner méthodiquement puissantes envolées fantasmagoriques et ambiances soudainement plus tempérées lors de breaks assez radicaux.

Voilà donc aujourd’hui un quatrième album dont le titre donne le ton en enfonçant le clou, ce «Soleil de Minuit» qui joue entre clarté et obscurité au moment du climax, à cette heure où le soleil pourrait être la lumière des spot-lights quand les clubbers investissent le dance-floor pour s’abandonner dans une insouciante euphorie.

La sensualité d’une Fleur qui humanise la technologie

Il n’était pas encore minuit quand Foehn s’est installé jeudi soir sur la scène du Périscope transformé en club archi-bondé pour dérouler ce nouveau répertoire où, autre signe symbolique, Christophe se passera du piano à queue joué précédemment par la Suissesse Manon Mullener (voir ici) et ouvrir le set par un point gagnant avec ACE qui met d’emblée au parfum par sa rythmique synthétique très intense. Red Castle qui suit, tout en étant très mélodique, maintient cette dynamique, croisant les nappes déferlantes et les nombreux bruitages émanant des claviers à la contrebasse cardiaque de Cyril Billot et à la frappe appuyée de Kévin Borqué, un batteur de plus en plus impressionnant dans son jeu frénétique, maître incontesté du jungle-beat qui tient du fameux lapin de la pub Duracell (pour ceux qui s’en souviennent) auquel il nous fait penser pour introduire dans un long solo Old is New. Un titre évocateur et expérimental puisqu’il marie le baroque à l’électro. Entamé par un clavier aux sonorités de clavecin, le son abyssal du synthé basse le fait vite basculer dans un univers très actuel, façonnant une sorte de Bach 3.0 trempé de tek’ indus.

Plus apaisé, Winter in Yokohama (inspiré d’un resto de sushis fréquenté par le groupe durant les répètes) est une séduisante déambulation électro-groove, avant que Fleur Worku rejoigne les trois garçons pour Lune. Car la vraie nouveauté pour Foehn est bien d’apposer pour la première fois du chant dans sa musique, et quel chant ! On n’attendait pas la séduisante jeune artiste franco-éthiopienne passée par l’ Amazing Keystone Big Band et pleinement révélée par Alfio Origlio pour son «Human Flow» sur ce créneau là, avant d’apprendre que cette étonnante connexion s’est faite lors d’une jam improvisée au Conservatoire où elle intervient à l’instar de Cyril Billot. Un élément déclencheur qui la mènera à s’associer au groupe pour trois titres dont elle a contribué à la composition en écrivant également les chansons qui sont d’ailleurs peut-être parmi les plus belles pépites de ce nouvel album. Si déjà « Elements » se concluait par Moon, voilà donc Lune chanté en français, cool poésie sur un son profond où la voix de Fleur totalement épanouie s’envole dans les limbes. Et que dire sur Find your way qui suit, à n’en pas douter le hit-single le plus feel-good de cet opus, avec son refrain qui vous chope d’emblée et vous emporte par l’entrain de ses rythmes à la fois complexes et lumineux. Une transe électro-jazz jouissive où la grande musicienne ici débarrassée du violon avec lequel on la connaît habituellement, se mue très naturellement en chanteuse lead qui prend le pouvoir, comme libérée dans ses mouvements et faisant preuve d’un lâcher-prise où elle resplendit de manière éclatante.

On la retrouvera sur Moksha, sa troisième contribution, après avoir entendu le titre éponyme Midnight Sun, à la fois rock par ses riffs et planant par ses pulsations hypnotiques, morceau joué sous un éclairage adéquat mêlant bleu nuit et touches orangées, rappelant l’effet lumière noire que l’on retrouve sur la pochette du disque, puis encore Phoenix qui en fut le premier composé et qui évoque l’idée de la métamorphose et de la renaissance du groupe. A l’instar de l’oiseau de feu auquel il se réfère, un titre incandescent se déployant entre jazz et rock et dévoilant totalement le versant électronique investi désormais par Foehn. Avec une force onirique et esthétique que magnifie par ailleurs le superbe clip vidéo qui en a été fait avec une danseuse et que l’on vous conseille fortement d’aller visionner sur Youtube.

Enfin une très belle surprise nous attendait pour clore ce super concert, avec en rappel la reprise de Same Horizon (titre d’ouverture du précédent album « Elements ») morceau instrumental sur lequel Fleur a écrit des paroles qu’elle viendra chanter avec une patte soul du meilleur effet. Encore un  pur instant de bonheur que seul le live peut procurer, puisque cette version inédite n’a pas été gravée sur ce «Soleil de Minuit» qui nous aura irradié ce soir.

Auteurs/autrices