Son nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, mais Jean-Pierre Vignola a été, pendant de longues années, l’une des chevilles ouvrières de Jazz à Vienne, aux côtés de Jean-Paul Boutellier, son fondateur. « Il a tant fait pour cette musique, et tant fait pour les musiciens », nous précise Jean-Paul en ouverture de soirée.
Plus d’une trentaine de musiciens de la région parisienne ont souhaité participer bénévolement à cet hommage. Un bus a été affrété spécialement. Le programme de la soirée y a été concocté.
Les maîtres de cérémonie sont Laurent Mignard, chef d’orchestre et fou de Duke (on se rappelle la magistrale « Battle Royal » qui opposait son orchestre au Michel Pastre Big Band en juillet 2011 au Théâtre Antique), et Jean-Michel Proust, président de l’Académie du Jazz (qui a programmé Sheila l’année passée à Jazz au Phare !). Ils reviennent brièvement sur la passion de Jean-Pierre pour le jazz, et surtout le blues. Les festivals qu’il a contribué à créer, des labels de disques, le jazz club Lionel Hampton à Paris, la Grande Parade du Jazz à Nice, etc.
Le bluesman Olivier Gotti (il avait scotché tout le Théâtre Antique en 2013 alors qu’il passait en solo en première partie de Santana) est le premier à apparaître sur scène, accompagné de sa seule guitare posée à plat, sa lap steel guitar. Toujours la même émotion.
La suite de la soirée sera un cortège de formations improvisées au gré des humeurs préparées dans le bus.
Un premier quartet réunit Robert Menière (batterie), Michel Bonnet (trompette), Patrick Bacqueville (trombone et facéties) et le spécialiste du boogie-woogie Jean-Pierre Bertrand.
Il sera ensuite question de saxophone ténor avec Michel Pastre, venu avec son band, et ça swingue grave sur Always, avec une partie chantée par Patrick Bacqueville (et les chœurs, depuis les loges, par les potes qui attendent leur tour). Ils enchaînent évidemment avec un court blues, Swingin’ Mama.
Laurent Mignard évoque Maurane, qui avait l’habitude de laisser des solos à ses choristes, dont Faby Medina, présente ce soir et entourée de Julie Saury à la batterie et de Christophe Lincontang (le seul régional de l’étape) à la contrebasse.
Une grande amie de Jean-Pierre est présente au premier rang, et le public lui fait une ovation : il s’agit de Rhoda Scott, qui a fait le déplacement pour honorer la mémoire de son ami, en dépit de sa santé fragile.
Arrive un autre chanteur, Christophe Davot, présenté comme un grand spécialiste de Nat King Cole. Il est entouré de Nicolas Peslier au banjo et de Philippe Milanta au piano. Ils tiennent à rendre hommage au saxophoniste et immense scatteur Daniel Huck, disparu la semaine passée (un de plus), avec Lulu’s Back in Town, où Patrick Bacqueville (omniprésent ce soir) se lâche sur une belle partie de scat.
Le saxophoniste Nicolas Montier interprète la version de Coleman Hawkins de Lady Be Good, avec Christophe Davot à la guitare.
Un autre quintet se forme autour de Nicolas Montier, avec le délicieux Philippe Milanta au piano, la non moins délicieuse Julie Saury à la batterie. Christophe Davot se révèle être un superbe siffleur et chanteur. Pierre Maingourd est à la contrebasse.
Arrive enfin l’orchestre « Louis Prima for Ever » avec César Pastre au piano et Pauline Atlan à la voix pour Nothing’s Too Good for My Baby. Une façon joyeuse d’achever le premier set.
Après la pause, c’est Jean-Michel Proust himself qui revient avec son sax et François Laudet à la batterie, Pierre Guicquéro au trombone, Pierre Maingourd à la contrebasse et Rémi Toulon au piano.
The Shadow of Your Smile est interprétée par Pauline Atlan avec Nicolas Peslier à la guitare, Philippe Milanta au piano, Julie Saury à la batterie, un solo de Patrick Bacqueville au trombone et toujours Pierre Maingourd à la contrebasse. C’était une des chansons préférées de Jean-Pierre Vignola, alors Pauline Atlan l’a apprise spécialement pour cette soirée.
Philippe Chagne, Olivier Defays, Claude Braud et Pierre-Louis Cas, saxophonistes ténor, reconstituent la « Ténor Battle » montée il y a quelques années par Jean-Pierre Vignola sur un thème du Count Basie Orchestra. Ce fut une belle passe d’armes entre ces quatre-là.
Laurent Mignard se propose de faire apprécier au public le trombone avec une mini-battle entre Patrick Bacqueville et Pierre Guicquéro, qui jouent sur Side by Side.
Nirek Mokar, jeune prodige du boogie-woogie et chouchou de Jean-Pierre Vignola, s’entoure de quelques cuivres, dont Noé Vignola (le petit-fils) à la trompette, et de Julie Saury à la batterie, pour « un gros boogie-woogie à ta mémoire Jean-Pierre ». Effectivement, ça pulse grave.
Olivier Defays au ténor « velu », Christophe Lincontang à la contrebasse, Philippe Milanta au piano, Julie Saury aux balais reprennent ensuite Ispahan de Billy Strayhorn / Duke Ellington. Une somptueuse ballade interprétée avec goût.
On poursuit avec Duke et son Perdido, et Laurent Mignard (forcément) à la trompette, Philippe Chagne et Olivier Defays aux sax ténor.
Pour le final, tous les musiciens sont convoqués sur scène pour créer le « plus grand orchestre de Jean-Pierre Vignola ». Ils interprètent The Groove Merchants du Count Basie Orchestra, évidemment : Jean-Pierre en était non seulement fan, mais le tourneur en France. Plus d’une trentaine de musiciens se partagent les chorus. Trois pianistes, trois batteurs : ils se partagent les instruments à tour de rôle. L’un commence un solo, l’autre le termine.
Pour le fun, toute la troupe se réunit pour entonner Avoir un bon copain, chanson qui achevait les concerts des croisières musicales organisées par Jean-Pierre.
Puis les musiciens descendent de scène pour venir faire une aubade à Rhoda Scott, avant une courte déambulation et un retour sur la scène.
Une soirée magnifique de générosité, et là où il se trouve, Jean-Pierre a dû jubiler…
