Mettez un pianiste suédois (lyrisme) avec un batteur allemand (rigueur) et un contrebassiste cubain (fantaisie) et mélangez, vous obtenez un trio aux sonorités nordiques et cubaines à la fois, une amitié de longue date entre trois musiciens et une sensibilité formidable.
Nous entrons directement dans leur monde avec une mélopée ressemblant à une chanson enfantine au piano, un contre-chant à la contrebasse, le tout relevé d’une pointe de pulsation carrée à la batterie. Les doigts de Martin Tingvall, à la fois délicats et puissants, aiment s’enfoncer dans les touches assez aiguës du clavier et nous transportent dans un monde émotionnel que nous aimerions atteindre plus souvent.
Il prend plaisir à composer et à créer son propre univers, dont il est le seul maître.
De son dernier album « Pax », nous pourrons entendre Pax, un joli thème enlevé aux sonorités classiques et très nordiques, sur un tempo rapide superbement accompagné par Omar Rodriguez Calvo à la contrebasse. L’improvisation de Martin est très évolutive et les autres musiciens le suivent avec attention. Cette intimité et proximité du trio sont constantes tout au long du set et leurs regards en disent long sur leurs rapports musicaux et humains.
Nous continuons sur le même album avec Witches, où Omar nous balade entre classique et contemporain, un peu out, puis soutient le chorus du pianiste qui se déchaîne, avant que ce soit le tour d’un délire du batteur Jürgen Spiegel, toujours les yeux dans les yeux.
Le morceau suivant m’a tellement ému (jusqu’aux larmes) que je ne saurais quoi vous dire à part la beauté des notes du piano dialoguant avec la contrebasse.
Le tempo rapide de la partition suivante nous ramène un peu sur terre. Le jeu du contrebassiste est bien loin de la simple walking bass, quelle dextérité et présence de sa part, qui se marient si bien avec le jeu si plein et énergique de Martin, sans compter la régularité du batteur.
Shadows nous accueille sur un rythme de flamenco et encore un chorus de contrebasse plein de musicalité et de maestria. Suit Cuba SMS sur un tempo très enlevé.
Ils enchaînent plusieurs compositions, toujours dans un bel équilibre où chacun a sa place, tout en se complétant parfaitement. Sur Tokyo Danse, ils arrivent même à se surprendre entre eux sur des rythmiques complexes et parfois imprévisibles.
Une dédicace à Carlos Santana, à nous d’imaginer la mélodie de Carlos flottant sur leur musique. Mais où trouvent‑ils toute cette énergie et cette dynamique qu’ils partagent si intensément avec le public ? Le pianiste donne la parole à la batterie et la puissance s’amplifie jusqu’à la fin.
Nous terminons ce concert par Song for the End.
Nul besoin de rappel. Ils saluent et se remettent directement à leurs instruments. Une parenthèse dans ce monde violent, avec du calme, de la douceur, un moment minimaliste jusqu’aux dernières notes.
Si vous croisez le Tingvall Trio, laissez‑vous faire, c’est une musique à consommer sans modération.
Un moment intense de pur bonheur et d’émotion.
