C’est un rêve de programmateur que François Dumont d’Ayot réalise ce soir : faire venir ce trio dans son festival. Pari tenu.
Louis Winsberg a rejoint il y a quelques années le duo historique André Charlier – Benoît Sourisse, et la greffe a pris. Les trois musiciens partagent les mêmes exigences, la même éthique du groove, et leur complicité de scène n’a plus rien à prouver. Trois maîtres, une synergie évidente.
Le set s’ouvre sur Timeline de Pat Metheny, blues énergique qui déride d’emblée musiciens et public. Le sourire est général, et il ne quittera plus le parc de l’archevêché. Place ensuite aux compositions de l’album « Le monde à l’envers » (2022) : Soul Boxes ; Gil et John, double hommage à Gilberto Gil et Elton John ; Gandy Dancers, dédié aux forçats qui construisirent l’infrastructure ferroviaire vers l’Ouest américain ; L’indomptable Afrobeat ; The Downing, seule ballade du set ; Maracatu Mangé ; et M’dout Masaï, unique composition signée Winsberg, qui vire au reggae sans crier gare.
Ces trois-là excellent dans tous les styles, à une condition : que ça groove. Et sur ce terrain, le contrat est rempli avec largesse. Benoît Sourisse tient l’orgue et la main gauche avec une générosité sonore qui porte tout le reste. André Charlier, derrière ses fûts, joue fin, précis, sans jamais en faire trop. Louis Winsberg vient plaquer ses accords avec une implacabilité tranquille — et passe parfois au micro pour triturer sa voix au vocodeur, touche anecdotique dans un tableau par ailleurs très solide.
La connivence est totale, la maestria constante. Le rappel viendra couronner le tout avec Madame Toulouse, extrait de leur hommage à Michael Brecker, « Tales from Michael » (2018).
