La page de présentation de ce quartet annonce l’ambition de la pianiste et compositrice : redonner ses lettres de noblesse au bop d’il y a quelques décennies en le parant de modernité. Rien que ça.
Salma Blanchard, jeune pianiste de vingt ans, se dit ravie de se produire sur la scène mythique de Cybèle.
Bop Tension, de Romane, donne le ton d’emblée : un bop franc, efficace et entraînant.
Arrive la première composition de Salma Blanchard, In Between the Whales. Tout en douceur, la pièce évoque le flux et le reflux. Antoine-Aurèle Cohen-Perrot est aux balais, tandis que France Duclairoir se montre très concentrée à la contrebasse. La vague monte, puis se retire.
Originaire de Marseille, la pianiste puise dans les nuits agitées des périodes de chaleur pour Nuits perturbées, un morceau très vivant. Antoine-Aurèle Cohen-Perrot y réalise une performance rare : il prend un chorus en sifflant — avec justesse — tout en jouant du charleston et de la grosse caisse.
Incertainement, néologisme forgé par Salma Blanchard, s’inspire d’une période de doute. La ballade, pleine de sensibilité, se construit sur de subtils dialogues entre piano et saxophone ténor. Antoine Lucchini, arrivé récemment dans le groupe, s’y intègre sans que rien ne le trahisse.
Loin du désordre prolonge cette atmosphère avec une ballade d’une belle intensité. France Duclairoir y signe un chorus de contrebasse particulièrement remarqué.
Intérieur propose un solo de piano délicat (France Duclairoir se dissimule alors derrière son instrument), avant Étalon A — anagramme d’Anatole qui en structure la forme — plus nerveux, introduit par un solo de batterie. Un bop pur sucre, porté par des chorus successifs de saxophone puis de contrebasse, avant une relance collective. Une esthétique que l’on croyait reléguée aux clubs et caveaux, et qui fonctionne parfaitement sur scène.
Le quartet se resserre en duo piano/sax pour la ballade This Someone May Be the One. Calme, langoureuse et sensible. Superbe.
Le dernier morceau rend hommage au bar-club de jazz québécois Sainte-Angèle. Une mécanique bien huilée, précise et solidement en place.
Décidément, Salma Blanchard séduit par ses compositions. Ce jeune quartet laisse une impression des plus prometteuses. Ça sera notre premier coup de cœur de l’édition à Cybèle
Les musiciens :
- Salma Blanchard : piano, compositions
- France Duclairoir : contrebasse
- Antoine Lucchini : saxophone ténor
- Antoine-Aurèle Cohen-Perrot : batterie
