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25/06/2026 – Erik Truffaz avec l’Orchestre des Alpes & du Léman « Side by side « au Théâtre Antique

25/06/2026 – Erik Truffaz avec l’Orchestre des Alpes & du Léman « Side by side « au Théâtre Antique

Dans la famille transalpine, je voudrais la Suisse !

L’an dernier, c’était la Suisse qui était invitée d’honneur de la dernière édition de Jazz à Vienne ; donc logiquement, pour ouvrir la 45e édition du festival, rien de mieux que d’offrir au public une soirée « transalpine » avec des musiciens et orchestres suisses. Qui de mieux que le Davisien Erik Truffaz, avec une nouvelle création, Side by Side, accompagné par l’Orchestre des Alpes et du Léman, pour porter le flambeau helvétique ? Tout musicien leader de jazz a rêvé de jouer avec un grand orchestre ; depuis Charlie Parker, tous s’y sont essayés avec plus ou moins de succès. Truffaz, qui n’aime rien de moins que les mélanges et les rencontres, en avait rêvé également depuis sa jeunesse : un grand orchestre classique lui permettant de pouvoir improviser à sa guise. Le trompettiste a déjà travaillé par le passé avec l’Orchestre des Alpes et du Léman sur un répertoire classique allant de Fauré à Così fan tutte. Cette fois, le spectre musical s’est légèrement élargi, allant du classique au jazz ainsi qu’aux musiques improvisées et du monde.

Erik Truffaz, tout de noir vêtu, s’avance pieds nus sur la scène du Théâtre romain, que nous retrouvons avec un plaisir toujours renouvelé. Le chef d’orchestre, Raphaël Merlin, pièce maîtresse de la soirée, est lui aussi pieds nus. Une coutume suisse ou un appel à une certaine liberté et état d’esprit… Truffaz démarre seul avant d’être rejoint par la formation, avec un préambule qui démontre de suite l’ambition du projet. Pour le second morceau, Erik rajoute un bouchon à sa trompette, ce qui fait tout de suite penser à Miles. Une envolée du piano d’Estreilla Besson, sœur d’Airelle, trompettiste de son état. Les cordes montent crescendo pour une pièce enjouée et lyrique. La séquence suivante affiche son romantisme, avec un démarrage de cordes, puis une approche s’inspirant de Prokofiev, avec des recours aux grosses timbales et des cuivres tonitruants. À la fin de ce mouvement, Truffaz prend le micro pour remercier le public d’être venu profiter de cette belle soirée.

Stefano Di Battista pénètre alors sur scène avec son soprano, mais n’en jouera qu’au morceau d’après. Truffaz fait applaudir le chef d’orchestre suisse qui, selon lui, « a réussi à sortir de cette création toutes ses couleurs ». Puis il invite officiellement Stefano à le rejoindre sur le devant de la scène, en rappelant qu’ils jouent ensemble depuis trente ans, et encore il y a deux ans à Rome autour d’un projet plus électronique. Le saxophoniste italien chausse alors ses lunettes pour s’immerger dans ces nouvelles compositions, avec à venir un morceau que Truffaz a dédié à son amoureuse, une certaine Sandrine Bonnaire… La soirée avançant, le trompettiste accueille sur scène l’Orchestre à l’école d’Annecy-Senod, des jeunes musiciens en herbe qui s’installent à cour et à jardin de part et d’autre de lui, arborant des tee-shirts jaunes et orange. Cette invitation à une nouvelle génération qui vient est une preuve supplémentaire de l’attention portée à la rencontre et à la transmission par Truffaz. Une belle générosité qui permet au public des rencontres inédites et des expériences musicales. Ce n’est d’ailleurs pas l’invité suivant qu’il convie à les rejoindre sur scène qui va démentir cet adage, à savoir le chanteur, membre du Cri du Caire, avec lequel il a joué à plusieurs reprises.

Le chanteur démarre seul dans une psalmodie lyrique des plus envoûtantes, puis le leader le rejoint pour une pièce en duo uniquement. Mais l’accord entre l’orchestre, le trompettiste et le chanteur n’opère pas à chaque fois : la faute à ce répertoire trop ambitieux et sombre, avec ses passages portés vers le free, où la seule pianiste semble y trouver sa place. La faute aussi à certains timbres et combinaisons sonores, mais la sauce ne semble pas toujours être harmonieuse, chacun des musiciens se débattant dans son couloir de sécurité sans vraiment faire corps avec l’ensemble… La création de Truffaz est aussi un peu longue et l’on commence même à être gagné par un léger ennui. Mais le rappel remet de l’harmonie et de la beauté avec ce titre mené à trois — trompette, voix, piano — qui se met à fonctionner par miracle et balaie les réticences, avec une belle composition dédiée cette fois à la petite-fille de sa compagne, toujours Sandrine B. Truffaz s’emballe d’ailleurs tant et plus qu’il annonce qu’il va jouer le dernier morceau, « After Down », avant de se reprendre et d’annoncer qu’il doit arrêter… C’est vraiment dommage, car l’affaire commençait à prendre forme, mais louons encore une fois les efforts du compositeur pour se diversifier et se renouveler, et ne jamais être là où le public l’attend. Cet été, il tournera dans les festivals avec sa magnifique version de Sketches of Spain en hommage à Miles Davis, dans le cadre du centenaire de sa naissance, avec le formidable saxophoniste/chanteur Antonio Lizana. Pour vous faire une idée de l’intensité de ce projet, vous pouvez regarder en replay sur France TV un de leurs concerts : trois quarts d’heure de magie pure où les deux musiciens y sont vraiment géniaux. Sur le « Side by Side », on sera un peu resté à côté, refroidi (ce qui est un comble avec cette canicule actuelle !) par un univers trop sombre et une alliance du trompettiste avec l’orchestre, ou avec certains des invités, parfois décevante et qui déconcerte. On ne peut pas réussir l’envoûtement à chaque fois, et cette création est peut-être trop ambitieuse ou, tout au moins, a-t-elle besoin de mûrir ?

 

 

Les musiciens :

Trompette, bugle : Erik Truffaz

Saxophone soprano : Stefano Di Battista

Piano : Estreilla Besson

Voix : Abdullah Miniawy

Chef d’orchestre : Raphaël Merlin

L’Orchestre des Alpes et du Léman

L’orchestre en herbe d’Annecy-Senod

Auteurs/autrices