Après avoir ouvert la All Night Jazz en 2024 en tant que lauréat du concours Rezzo 2023, nos jeunes amis de VERB ouvrent à nouveau une soirée de l’amphithéâtre. Cette fois-ci, en tant que génération Spedidam. Pour nous, c’est un peu comme voir revenir les enfants à la maison après un premier envol, et c’est très émouvant.
C’est à l’archet que Charles Thuillier, le contrebassiste, introduit Namaste, le premier morceau. Il est suivi par Noam Duboille avec des arpèges au piano, dans une inspiration créole aux airs de biguine et de mazurka. Cette introduction, dans un style classique, reflète l’un des premiers apprentissages des deux musiciens dans ce genre musical. Garcia Etoa Ottou ajoute une sonorité feutrée aux mailloches sur les tambours et les cymbales de sa batterie, avec son style gospel qui est sa première influence.
Il y a beaucoup de dialogue entre les musiciens, parfois à deux entre le pianiste et le contrebassiste, comme sur les ballades Roi 7 et Route de Paris, et également à trois, comme sur Min’Nga. Ce dialogue à trois est effectué par un jeu percussif sur les touches du Steinway & Sons, un jeu en pizzicato sur les cordes de la contrebasse et un rythme léger et rebondissant sur les cymbales, avec des rimshots sur les bords de caisse. C’est un rythme d’inspiration brésilienne sur les tambours qui entraîne et fait danser les touches du piano.
Le trio sait donner de la profondeur et du lyrisme à son interprétation. Les trois amis musiciens sont en complète osmose et harmonie lorsqu’ils font monter, crescendo, le rythme en intensité, comme sur Envolée. Sur sa composition, le pianiste adopte un jeu empreint de mélancolie, tandis que le contrebassiste l’accompagne avec lyrisme. Le batteur les soutient avec un rythme doux aux mailloches. Comme pour matérialiser l’envolée, l’archet imite le cri des mouettes à l’introduction et à la conclusion du titre.
Les trois musiciens utilisent de nombreux breaks musicaux. Ils alternent douceur et puissance, intensité et raffinement. Dans ce jeu d’équilibre, ils brouillent les pistes sonores, nous perdent sur des contretemps, puis nous ramènent dans les rythmes attendus. On se laisse porter par des pulsations franches, on est conquis par leur engagement et leur assurance.
Les morceaux interprétés ce soir sont quasiment tous de nouvelles compositions qui feront partie de leur deuxième album prévu pour la fin de l’année 2026. Ils sont dans la même veine que leur premier opus, mais avec plusieurs nouvelles inspirations.
Le set se termine avec O’yenga, sur une mélodie joyeuse. Avec ce final enjoué dans un style boogie accéléré, les trois artistes nous transmettent, avec dynamisme, leur plaisir et leur enthousiasme de jouer pour nous. Nos trois musiciens ont acquis de l’assurance, de la finesse et de la technique : cela, c’est l’expérience. À la différence de leurs collègues de la même génération de musiciens français, qui font évoluer le jazz vers une sophistication tout en l’intellectualisant, VERB continue de développer un jazz varié. Il est nourri d’influences traditionnelles et surtout interprété avec beaucoup de fluidité et la fraîcheur des premiers jours. C’est cette spontanéité qui est l’identité du jazz et, pour notre plus grand bonheur, VERB s’est inscrit dans cet état d’esprit.
Les musiciens :
- Noam Duboille : piano,
- Charles Thuillier : contrebasse,
- Garcia Etoa Ottou : batterie.
Set list :
- Namaste,
- Roi 7,
- Route de Paris,
- Envolée,
- Min’Nga,
- O’yenga.
