30/06/2026 – Kokoroko au Théâtre Antique

30/06/2026 – Kokoroko au Théâtre Antique

Londres de choc

Confirmant tout le bien que l’on pense déjà de ce collectif parmi les plus accrocheurs de la nouvelle scène multiculturelle londonienne, Kokoroko, avec ses merveilleuses jazzwomen aux cuivres et aux chants, élargit encore sa palette hybride à base d’afrobeat et de dancehall caribéen en y mêlant au groove dansant toute la sensualité du R&B des eighties et celle de la nu-soul électro actuelle, pour toujours mieux exalter le fun. Mission pleinement accomplie, tout en séduction !

Voilà plusieurs années déjà qu’on les décrit comme fer de lance de cette fameuse nouvelle scène londonienne, à l’instar de leurs homologues de Nubiyan Twist et d’Ezra Collective, ces formations hybrides et multiculturelles reflétant l’image actuelle de la capitale britannique. Comme pour ces deux derniers collectifs, c’est à l’Épicerie Moderne de Feyzin, en mai 2022, qu’on avait découvert Kokoroko — même s’ils étaient déjà venus à Vienne en 2019 pour un premier concert où je n’étais pas —, et nous avions été d’emblée très enthousiasmés par ce mélange passionnant d’afrobeat hérité de Fela et de highlife nigérian, livré dans un esprit soul très groovy enrobé de sons électro. Surtout, ce qui marque chez Kokoroko et en fait sa particularité, outre le fait que le groupe soit « all black only », ce sont ces trois cuivres tenus par des jazzwomen, par ailleurs excellentes chanteuses.
On avait notamment été particulièrement impressionnés par la saxophoniste Cassie Kinoshi et ses vertigineux chorus en apnée, mais elle n’est malheureusement pas là ce soir, et c’est donc en septet que le band ouvre cette soirée devant un peu moins de cinq mille spectateurs, avant le reggae engagé et très (trop) hardcore des Californiens de Groundation.

Nouvel opus très fun

Trois ans après leur premier album révélateur « Could We Be More », Kokoroko revient donc en force avec leur nouvel opus « Tuff Time Never Last », paru en 2025, certes toujours teinté d’afrobeat, mais trempé aussi de R&B anglais des eighties, de disco ouest-africain, de funk et surtout de neo-soul, dont les inspirations peuvent nous rappeler les excellents Loose Ends, mais aussi le groove d’un Don Blackman ou d’une Patrice Rushen. Dans tous les cas, l’on sait que tout cela va nous séduire, et c’est d’ailleurs ce que nous expliquera en milieu de set le co-leader du groupe, le percussionniste Onome Edgeworth, avouant que l’idée de ce nouveau répertoire était avant tout d’y faire jaillir « beaucoup de fun ».
Et dès l’intro, c’est un gros groove nonchalamment porté par la ligne de basse de Duane Atherley qui nous chope, avant que résonnent conjointement les cuivres et les voix des merveilleuses Sheila Maurice-Grey, co-leadeuse à la trompette, et Richie Seivwright au trombone. Des voix qui vont se répondre sur le court mais très joyeux afrobeat qui suit, avec des cuivres eux aussi très chantants, tandis que le rythme est appuyé par les percussions. Un troisième titre maintient ce groove bien dansant, mais cette fois avec des sons venus des synthés de Yohan Kebede, nettement plus électro-funky.

Mais le groove n’empêche nullement de faire resplendir la sensualité dans les deux titres suivants : l’un totalement dans l’esprit nu-soul électro qu’on aime tant et où le guitariste Tobi Adenaike-Johnson posera un solo bien jazz-funk, puis un autre typique des grandes ballades R&B, où les filles ont déposé leurs cuivres pour mieux offrir un superbe montage vocal en duo, entre les vibes nuancées et courant de l’aigu au grave de Richie Seivwright et le parfait contre-chant assuré par Sheila Maurice-Grey, exercice qui sera très chaleureusement salué par un public conquis.

Après une assez longue présentation-explication par Onome, le jazz cuivré reprend de plus belle avec une douce guitare rythmique, avant un nouveau titre où dominent les synthés et leurs sons distordus. Un slow cool et planant, là encore très sensuel, avec un beau chorus de trombone résolument jazzy et une guitare qui lui répondra de façon plus bluesy.

Si l’on trouvera l’intro de Time & Time assez bateau, son long développement bien enrobé et très percussif, avec le toujours puissant frappeur Ayo Salawu à la batterie, le rend finalement plus intéressant et nous redonne vite l’envie de danser sur les trois derniers morceaux, tour à tour disco-funk, nu-soul aux résonances dancehall (Never Lost), qui précèdent une fin joyeuse et festive laissant les gradins chauds bouillants pour un rappel qui, timing oblige — et rarement concédé ici —, ne viendra pas. Qu’importe, puisque l’on aura déjà été bien gâtés par ces excellents Kokoroko !

Auteurs/autrices