01/07/2026 – Molly Johnson au Théâtre Antique

01/07/2026 – Molly Johnson au Théâtre Antique
Molly Johnson, maintenant bien installée sur la scène du jazz, a commencé sa carrière enfant par une participation à « Porgy and Bess » en compagnie de son frère. Plus tard, elle a poursuivi avec deux groupes de rock éphémères. Après quelques années « touche-à-tout », la quarantaine venue, elle a monté son premier projet solo, concrétisé par l’album « Molly », sorti en 2000. On trouve deux reprises jazz dans cet opus : Deep Dead Blue de Bill Frisell et Elvis Costello, et surtout Don’t Explain, en hommage à Billie Holiday. Elle récidivera quatorze ans plus tard avec l’album « Because of Billie », sur lequel elle présente quatorze titres de Billie Holiday.

Pour ce soir à Vienne, Molly Johnson chante la plupart des titres de son album « Talk to Me », sorti le 26 juin 2026 : Still Believe in Love, All I See, Just As Bad As You, Happy, Slipped Away et bien sûr Don’t Explain. À signaler, en plus des autres titres, son Ode to Billie Joe, chanté de façon très sobre par Molly Johnson, proche de la version folk de Bobbie Gentry, à laquelle les musiciens, qui jouent un accompagnement a minima, n’ajoutent qu’un léger swing, transformant cette chanson très belle à l’origine en un diamant sombre chargé d’émotion.

Il était intéressant d’observer les réactions du public, dans sa majorité venu pour Imany et ignorant tout ou une grande partie de l’œuvre de Molly Johnson. En observation sur les premières mesures, le public s’emballe dès la fin du premier titre, avec un enthousiasme qui ne se démentira pas jusqu’à la fin du set. Il faut dire que la performance est de très haut niveau, avec des musiciens qui se connaissent bien, s’écoutent et sont au service du chant, mais capables de s’exprimer sans emphase et avec talent quand on leur laisse une plage d’expression plus personnelle au travers d’un chorus. On trouve dans le groupe restreint du trio d’accompagnement : Mike Downes, contrebassiste, mais à l’occasion compositeur (sur l’album « Because of Billie », il était directeur artistique, producteur et arrangeur), à la batterie, tout en délicatesse, Ethan Ardelli, et au piano le prodigieux et enthousiaste Michael Shand. Sylphide gracieuse, Molly Johnson se déplace, ou plutôt glisse, sur la scène avec une élégance rare mais naturelle ; même quand elle marche, c’est avec la légèreté d’une danseuse. Sa voix d’alto, faite pour le jazz, le blues, la soul, avec une touche légère de raucité douce, fait merveille ; le charme opère et le public s’enthousiasme, conquis. Nous aussi, nous sommes tombés sous le charme d’une chanteuse et de musiciens d’un grand professionnalisme, tellement bien maîtrisé qu’on ne le perçoit plus et qu’il donne libre cours à la créativité et à l’émotion.

Molly Johnson était passée à Vienne en 2004, invitée dans un projet de Meshell Ndegeocello.

Après une telle performance en 2026, espérons que Jazz à Vienne n’attendra pas vingt-deux ans avant de la convier à une troisième soirée ; sans vouloir être pessimiste, cela risquerait de faire tard pour une nouvelle invitation.

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