Exprimer la révolte que provoque la douleur, c’est ce que fait très bien, et ce qu’a fait ce soir également, Molly Johnson.
C’est sans doute là qu’est la cohérence de cette soirée : comment le texte chanté peut aider à l’expression de la colère libératrice face à l’injustice.
La musique d’Imany est très périphérique au jazz ; les arrangements et le traitement du son des instruments la rapprochent parfois d’une forme d’électro, avec de vrais instruments de musique et de vrais musiciens pour en jouer, capables de prendre des chorus de bonne facture, comme on pourra l’entendre notamment avec la trompettiste Julie Varlet et la claviériste Sandra Cipolat, trois ou quatre fois dans la soirée, ou encore le tromboniste Jules Boittin, qui ne se découvre qu’à la toute fin du set, ou encore le guitariste Stéfane Goldman. On trouve par ailleurs Bili Langhoff à la batterie et Ludovic Bruni à la basse électrique.
Le concert reprend la trame de l’album en trois parties : la première, la « colère » ; la deuxième, la « guérison » ; la troisième, la « liberté ». À cela, on a rajouté une introduction en français, nécessaire pour faire passer le message et rendre le projet compréhensible par un public francophone. De même, au cours du concert, entre les morceaux et les parties, Imany prend le temps d’expliquer. L’effort est louable, car le public, acquis d’avance, aurait de toute façon fait un triomphe à la chanteuse (également autrice et compositrice du projet). Ce qu’elle veut à tout prix, c’est que le propos soit entendu et compris : la colère est salutaire lorsqu’elle permet à une personne de se révolter contre l’emprise et le mépris de soi qu’elle engendre et, de là, de guérir en restaurant sa propre image ; c’est le chemin de la liberté. Et même s’il y a des imperfections dans le discours, des maladresses dans sa présentation, il n’en reste pas moins que ce projet répond à une nécessité personnelle et collective, et qu’il est porté par une Imany authentique et vraie. En conséquence de quoi, je me dois de transmettre ce message, en espérant ne pas trop en déformer le propos.
Cela me donne tout de même à penser qu’à chroniquer des concerts à Jazz à Vienne, on se retrouve parfois dans d’étranges postures.
