Le groupe, emmené par le mollasson Zach Condon, n’avait pourtant pas pu tourner après son dernier album A Study of Losses, pour cause de maladie de son leader. La soirée affichant complet, le groupe américain, emmené par son compositeur multi-instrumentiste, avait donc tous les atouts en main pour séduire.
Mais, de séduction, il ne fut pas question, de notre point de vue. Comme dirait le dialoguiste de cinéma Henri Jeanson : « La première impression est toujours la bonne, surtout quand elle est mauvaise. » Le leader est peu charismatique, la musique techniquement très faiblarde et, surtout, on a l’impression d’avoir déjà entendu des morceaux et des interprétations qui font tantôt penser à du Morrissey, tantôt aux Sparks (la voix se situe entre le folk et la new wave), avec des trompettes qui sonnent tantôt à la mexicaine, tantôt aux Balkans (le morceau inspiré des Balkans, sans chant et à l’accordéon, était le meilleur titre de la soirée).
Le leader est peu loquace, c’est le moins que l’on puisse dire, à part « Merci » et « merci beaucoup »…
Le propos musical n’est certes pas enjoué, avec ce projet qui parle du deuil et de la fragilité de l’existence. Mais l’absence de communication avec le public et la musique, qui manque franchement de tonicité, donnent une impression générale un peu tiède et désincarnée. Mais il en faut pour tous les goûts, et le public semble apprécier le set des six musiciens. On peut toutefois s’interroger sur la composition de la soirée et sur le manque de résonance entre les deux formations présentes sur scène : on ne peut pas seulement invoquer la recherche des recettes maximales, ni le coup médiatique de l’éternel retour du « groupe maudit », et la quête d’artistes rares que tout le monde s’arrache… La programmation est une science difficile, mais il faut reconnaître que l’alchimie qu’on imaginait sur le papier peut faire pschitt : c’est exactement ce qui s’est passé ce soir. Heureusement, les morceaux délivrés sont de format court. Le groupe a également égrainé ses titres les plus connus, comme le Nantes, très apprécié de ses fans. Après 1 h 20 de musique, le groupe ne lâche rien de moins que quatre morceaux en rappel : une si longue absence le justifie sans doute, et c’est tout à l’honneur de Beirut de vouloir satisfaire ses fans, mais nous sommes restés, pour notre part, en dehors du propos, légèrement dépités par une soirée qui avait pourtant si bien démarré.
Les musiciens :
- Zach Condon : voix, ukulélé, trompette
- Kelly Pratt : voix, trompette
- John Natchez : trombone, voix
- Perrin Cloutier : accordéon, claviers
- Paul Collins : basse
- Nicolas Petree : batterie
