03/07/2026 – Kyoto Jazz Massive avec Echoes Of A New Dawn Orchestra puis Cerrone Disco Symphonique au Théâtre Antique

03/07/2026 – Kyoto Jazz Massive avec Echoes Of A New Dawn Orchestra puis Cerrone Disco Symphonique au Théâtre Antique

La fièvre

 À l’instar de Dabeull l’an dernier (voir ici), la grosse soirée funky-disco proposée par le Festival a été un carton, avec près de huit mille spectateurs enflammés aussi bien par les sonorités acid house des nineties offertes par Kyoto Jazz Massive, ici à son meilleur, que par les méga-hits de la fin des seventies revisités par l’équipe de Cerrone, majestueusement accompagnée d’une phalange symphonique bien à propos. Entre groove irrépressible et fun insouciant, la fièvre hédoniste s’est vite répandue comme une joyeuse épidémie. Énorme !

On a connu l’un batteur, le (re)voilà en DJ ; on les a connus DJs, les (re)voilà drivant un super groupe. Leur point commun, à deux décennies de distance : le groove fiévreux du funky-disco, libérateur et insouciant, capable de transformer tout lieu investi en gigantesque dancefloor.

En 1977, un jeune batteur de vingt-cinq ans d’origine italienne inonde nos premières boums et cartonne dans toutes les discothèques avec un titre de seize minutes, Love in C Minor (la pochette avec une femme nue et comme soumise ne passerait plus aujourd’hui !), prélude à une avalanche de hits qui feront de Marc Cerrone l’un des premiers maîtres de l’euro disco et pionnier de ce que l’on nommera plus tard, jusqu’aux USA, avec l’avènement de l’électro, la fameuse « French touch ». Revenu en grâce l’an dernier à l’occasion des J.O. de Paris, ce répertoire intemporel a encore élargi son audience et fait désormais danser toutes générations confondues sur ces titres gravés dans le marbre et qui prennent aujourd’hui une nouvelle dimension luxuriante avec l’apport d’une phalange symphonique.

Dans les années 90, ce sont les frères japonais Shuya et Yoshi Okinu qui se font connaître par leurs DJ sets acid house et funky-disco sous le nom de Kyoto Jazz Massive, soutenus par le pape des dancefloors et des compilations, Gilles Peterson. Après quinze ans de break, les revoici pour fêter leurs trente ans de carrière, mais épaulés désormais par un fabuleux collectif de funk parisien, Echoes of a New Dawn, avec trois voix black au top niveau : l’impressionnante chanteuse britannique Vanessa Freeman et les chœurs bien enlevés d’Indy Eka et d’Agyei Osei.

Le pari de Jazz à Vienne de transformer ce soir le théâtre antique en gigantesque dancefloor est tenu, puisque la soirée affiche complet, avec près de huit mille spectateurs blindant les gradins comme les marches de haut en bas, au point qu’il était en réalité bien difficile de trouver le moindre mètre carré d’espace pour se mouvoir et se lâcher.

 

KJM vraiment au top

C’est donc à douze sur scène que Kyoto Jazz Massive ouvre les festivités, où le beat est donné d’emblée. Une basse appuyée et répétitive (Carel Cléril), des nappes très house de synthés en cascade (Elie Frot) : la recette est imparable, et ce n’est pas le look patibulaire des deux guitaristes Émilien Gillan et Kevin Le Bellec — cheveux longs, barbes, fringues et lunettes noires — qui vont refréner nos ardeurs. La machine à groove est lancée, et les deux titres suivants lorgnent clairement vers le funk américain : d’abord celui de Chic, mettant en avant les trois vocalistes et la guitare solo qui mouline, puis plutôt celui d’Earth, Wind & Fire après une intro de trompette (Ronan Reidid) et piano, qui laisse vite la rythmique revenir au galop pour un funk cuivré qui tabasse sous la férule du très énergique batteur Jean-Baptiste Palies, moteur central et constant de cette belle mécanique, qui nous a impressionnés tout du long, accompagné par les percussions de Sébastien Betanan, titre agrémenté d’un long chorus de sax de Paul de Rémusat dans l’esprit d’un Maceo Parker, tandis que la voix de la chanteuse s’inscrit pleinement dans une frénésie toute brownienne.

Du jazz-funk à l’acid jazz, le band fait le pont avec classe, et tout tombe de façon ultra carrée. Un groove fluide, un montage étagé : l’intensité du rendu ne faiblit jamais, et ce n’est pas ce nouveau titre plus latino, tendance Brésil et fiesta à Rio, où l’on pensera à Gilberto Gil (cuivres et solo de percussions dignes d’une batucada), qui va apaiser l’ambiance, d’autant que, là encore, le batteur frappe fort et ne s’arrête jamais. Sans temps mort, le répertoire continue d’enchaîner les hits hyper accrocheurs, entre un titre acid house livré après une longue intro de slap à la Marcus Miller, et un gros funk hédoniste et festif pour finir, qui fera lever et chanter des gradins enflammés.

Voilà une véritable bombe qui nous a littéralement soufflés, et l’on peut même aller jusqu’à dire qu’à mi-chemin, ce concert de Kyoto Jazz Massive est, pour l’instant, l’un des meilleurs que l’on ait entendus cette année. Bravissimo !

 

Cerronement mené

Place ensuite à Cerrone, derrière son plot de DJ, mais pour le coup escorté par cinq instrumentistes et deux vocalistes, le tout enrobé par les cordes et les cuivres de l’Orchestre du Conservatoire de Lyon, dirigé par le chef Randy Kerber. Soit plus de trente personnes sur scène : quel plateau !

Je suis Music ouvre le show, et les looks des musiciens nous renvoient directement à la fin des seventies. Cheveux longs, moustaches et fûtes pattes d’eph’ à carreaux pour le bassiste Thibaut Voisin et le guitariste Raoul Chichin (fils de Fred Chichin et Catherine Ringer des Rita Mitsouko), look plutôt gay tendance Village People et George Michael pour le chanteur Brendan Reilly, tandis que l’excellente choriste (est-ce Izzy Chase ?…) rayonne telle Donna Summer dans une robe longue en strass noire et fendue.

Saluons le remarquable travail mené dès l’intro par tous les pupitres de l’orchestre, qui ont servi avec brio et sans fausse note ces partitions disco-funky, enrobant avec majesté les instrumentistes en front line, qui chacun assure le job avec conviction. Raoul aussi bien en rythmique façon Nile Rodgers que pour poser de beaux solos au son rock d’époque, Victor Mechanick et Richard Turek aux claviers vintage comme ce Clavinet sur Love Me, Julien Favier aux percussions.

Bien sûr, tous les grands tubes qui ont marqué la carrière de Cerrone (trente millions d’albums vendus) sont au menu de cette grand-messe hédoniste, prenant parfois dans leur dimension symphonique un côté BO. C’est notamment le cas pour le plus gros d’entre eux, et le seul d’ailleurs où Cerrone prend les baguettes pour retrouver sa batterie : l’inévitable et très attendu Supernature, qui nous chavire de bonheur, tandis que l’on groove jusqu’au bout pour finir avec un Give Me Love bien à propos. Énorme !

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