17/07/2026 – Immanuel Wilkins Quartet au Crescent Jazz Festival

17/07/2026 – Immanuel Wilkins Quartet au Crescent Jazz Festival

Le feu, la braise et la bise

Immanuel Wilkins, pas encore trentenaire, s’est imposé en quelques années comme l’une des figures majeures de la scène jazz new-yorkaise. Il a fondé son quartet en 2017 avec Micah Thomas.

Mike, bénévole du Crescent, nous invite à un « Live at Le Crescent », clin d’œil au récent « Live at the Village Vanguard Vol. 3 » (2026) du quartet du saxophoniste.

Dans la salle, de nombreux musiciens de la région ont fait le déplacement, parfois de loin — avec notamment un fort contingent stéphanois. L’impression domine : c’est le concert à ne pas manquer.

Immanuel Wilkins ouvre seul, quelques notes d’alto, avant de laisser rapidement le trio installer le climat. Puis il revient, et frappe fort : un solo fulgurant, fait d’arpèges incisifs et de triples croches en cascade. L’intensité monte, sans jamais donner le sentiment d’un effort forcé. C’est sa respiration, son flux.

Wilkins annonce jouer des pièces issues de son dernier album. Mais entre l’écoute au disque et l’expérience live, l’écart est immense : Wilkins a ce don rare de réinventer ses propres matières à chaque concert, en installant des climats toujours renouvelés.

Le contrebassiste Ryoma Takenaga prend ensuite les choses en main. Regard presque absent, mais présence totale. Son solo, d’abord discret, évolue jusqu’à un glissando saisissant — au point de faire réagir physiquement les contrebassistes dans la salle. Wilkins, en retrait, observe et valide d’un regard.

Le leader enchaîne les contrastes : longues improvisations à haute intensité, chorus incandescent, puis soudain une ballade étirée, presque suspendue, avant de repartir vers d’autres territoires. Une dramaturgie maîtrisée, jamais linéaire.

Au piano, Micah Thomas impressionne par sa retenue autant que par son raffinement. Peu démonstratif, mais toujours juste. Sur le dernier morceau avant le rappel, l’ombre de Thelonious Monk plane nettement.

À la batterie, Kayvon Gordon, remplaçant de Kweku Sumbry, tient solidement la barre. Concentré, souvent les yeux sur les partitions, il assure avec précision — rappelons qu’il est également le batteur de Sullivan Fortner.

À l’issue du concert, les échanges entre musiciens dans le public convoquent tous le même champ lexical « spatial » : « stratosphérique », « en orbite », « décollage », « OVNI »… Un professeur de saxophone résume d’une image frappante : « C’est comme passer de Claude Luter à Coltrane en direct. » Uppercut.

Les musiciens :

  • Immanuel Wilkins : saxophone alto
  • Micah Thomas : piano, Fender Rhodes
  • Ryoma Takenaga : contrebasse
  • Kayvon Gordon (en remplacement de Kweku Sumbry) : batterie

Auteurs/autrices