18/07/2026 – Birds on a Wire pour À la folie… à Brou

18/07/2026 – Birds on a Wire pour À la folie… à Brou

Sur le fil de l’émotion

Entre folk, baroque et chants du monde, l’étonnant duo féminin formé par Dom La Nena et Rosemary Standley brouille les références et les repères avec un répertoire de reprises qui entremêle styles, époques et langues, passant de Barbara à Pink Floyd, de Boby Lapointe aux Cure, de Brel aux Doors, de Bronski Beat au séga réunionnais, mais réussissant la prouesse d’agréger ces emprunts fort disparates dans une esthétique sonore d’une belle unité harmonique.

Une fois encore, la programmation proposée par le festival À la Folie, au Monastère royal de Bourg-en-Bresse, est particulièrement séduisante, et ce premier concert estival avec Birds on a Wire affichait complet. Le duo, né en 2012 de la rencontre entre la Franco-Brésilienne Dom La Nena (Jane Birkin, Camille, Étienne Daho, Piers Faccini…), violoncelliste et chanteuse (qui s’est déjà produite ici deux fois, en solo puis avec Piers Faccini), et la Franco-Américaine Rosemary Standley, chanteuse et comédienne révélée il y a une vingtaine d’années dans Moriarty, connaît en effet un joli succès avec un répertoire de reprises on ne peut plus éclectiques, brassant chants du monde, langues, styles et époques. Autant de complaintes, à la fois ancestrales et contemporaines, courant du baroque au folk, de la pop aux musiques du monde, que ces deux oiselles en totale liberté ont réarrangées dans un dépouillement minimaliste qui privilégie la pureté et l’émotion, notamment par l’harmonie magique de leurs voix mêlées. Un entrelacement délicat, frappé parfois d’une irrévérence facétieuse de la part de ces deux complices pince-sans-rire qui, surtout, réussissent le tour de force de donner à l’enchaînement de ces chansons fort disparates une unité esthétique et une fluidité inattendues. Continuant de filer la métaphore ornithologique après « Ramages », disque d’or en 2020, les reprises de leur dernier opus « Nuées ardentes », paru l’an dernier, forment un recueil de métamorphoses en évoquant la période de l’adolescence, de l’éveil de soi et des troubles de l’identité. Une thématique qui relie ces morceaux qu’à première vue on ne s’attendrait pas à voir ainsi accolés, mais qui fonctionne bien, d’autant que certains sont très connus.

On pourra cependant regretter que les protagonistes, qui pourtant communiquent avec le public — mais seulement en lui posant des questions ! —, ne donnent jamais d’indice ou d’explication quant aux titres joués. On devinera donc que le premier, qui introduit le concert tout en douceur, est chanté en grec, avant que le second, qui oscille entre lyrique et baroque, avec un violoncelle samplé (avec le même procédé de looper utilisé par Matthieu Saglio), soit bien sûr en italien. Un autre, chanté en français et évoquant les arbres, s’inscrit pleinement dans le registre folk, croisant les pizzicati de la violoncelliste au souffle de l’instrument sur table joué par Rosemary, dont on ignore le nom, mais qui doit être de la famille des accordéons et bandonéons.

On reconnaîtra cependant la reprise de Smalltown Boy de Bronski Beat, où le grave du cello contraste avec les voix hautes, avant un titre plus mystique où, cette fois, les chants nous font penser aux voix bulgares. Certains sont nimbés de tristesse, comme cette reprise du Perlimpinpin de Barbara, qui évoque avec nostalgie les rires perdus de l’enfance, puis un autre qu’on ne reconnaîtra pas et qui parle de solitude. C’est encore l’enfance qui sera à l’honneur avec La peinture à l’huile de Boby Lapointe, où la diva vocalise avec humour dans le registre opératique, après une reprise étonnante et joliment troussée de Wish You Were Here de Pink Floyd, où les cordes ont la sonorité du folk irlandais. C’est dire la diversité de ce répertoire, qui verse maintenant dans une chanson médiévale proche d’une danse bretonne, avant que l’on traverse la Manche pour le plus pop The Lovecats des Cure.

Après une sortie de scène au bout d’une heure de concert, les deux artistes reviendront, sous une standing ovation, offrir encore trois chansons tout aussi disparates, enchaînant dans le même élan Sur la place de Brel, People Are Strange des Doors, pour finir dans la joie de Sega Jacquot, issu du folklore réunionnais. Un étonnant mix qui a assurément séduit un public lui aussi contrasté.

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