Dans quel monde vit-on ? La légende du sax James Carter fait trois dates en France cet été : Nice, Marciac et… Lhuis !
Où ça ? Lhuis ! Dans l’Ain, aux « Nuits de la Poterie », vous savez, ce festival qui fête ses dix ans !
Le lieu doit bien le changer des grandes messes auxquelles il est habituellement convié : une petite scène montée entre la grange qui héberge le four de la potière et le corps de la maison, devant deux cents chaises posées sur la terre battue de la cour. Vu des USA, ça sent le cliché à la Disneyland ; vu d’ici, c’est un coin de paradis. Cela nous rappelle le jour où Roy Hargrove avait joué au château de Clermont : « Ah, c’est là que je joue ? Superbe ! », et le surlendemain il était au Madison Square Garden.
Petite scène, soit, mais un orgue Hammond B3 avec deux cabines Leslie, rien que ça !
Il en fallait bien autant pour le James Carter Organ Trio.
Arrivée des musiciens à l’heure dite, un grand sourire les éclaire.
Pas de cérémonie : James Carter nous annonce qu’il va proposer un hommage à John Coltrane (bienvenu, car Miles a un peu occulté le même centenaire du saxophoniste) et, chose rare, il présente les morceaux avant même la première note (enfin, presque tous), en nous réservant une surprise.
Il ouvre donc avec des morceaux de Coltrane.
Locomotion, de l’album Blue Train, est attaqué sur les chapeaux de roues : James Carter s’enflamme dès les premières notes, puis laisse Gerard Gibbs à la manœuvre avant de revenir citer à tout va la Marseillaise, Stevie Wonder… L’organiste suit. Du hard bop bien revisité.
On passe ensuite à A Love Supreme, avec ses deux premiers mouvements :
sur Acknowledgement, il met une grosse émotion, allant chercher des notes haut perchées.
Resolution est de la même eau : on touche du doigt tout le respect du saxophoniste pour le maître.
Pour Naima, il prend son soprano ; le thème est amorcé, puis James se lâche, le jeu devient puissant et libéré. Les trois exultent, et nous avec.
Il lance les trois premières notes et tout le monde reconnaît La Panthère rose, chantée en chœur avec lui, ce qui amuse le saxophoniste, lancé dans une version très personnelle du thème de Mancini.
Puis arrive In a Sentimental Mood d’Ellington, que l’on retrouve bien sûr dans le fameux album que Coltrane avait enregistré avec le Duke en 1963.
James Carter est en communion avec le public et nous offre un set au moins aussi dense que celui de Marciac, avec de longues périodes en souffle continu et quelques notes qui ne figurent pas dans le manuel d’utilisation du sax, notamment ces suraigus dont il a le secret.
Cela dit, il laisse aussi une grande liberté à l’orgue et à la batterie, quittant parfois la scène pour aller s’asseoir derrière celle-ci. Gibbs et Alex White en profitent pour nous offrir un récital de groove.
Après le salut, sur l’insistance du public, James Carter revient seul avec son soprano et attend que ses acolytes le rejoignent pour un dernier tour de magie.
Quelle chance d’avoir pu voir un tel trio dans un endroit aussi confidentiel.
Les musiciens :
- James Carter : saxophones
- Gerard Gibbs : Hammond B3
- Alex White : batterie
