Yazz Ahmed nous est présentée comme porteuse des traditions de son Bahreïn d’origine*. Cela ne se vérifiera pas forcément.
On sait qu’elle s’est établie à Londres depuis de nombreuses années et que le jazz occidental a pris le pas sur ses racines.
Ce soir, elle nous présente son dernier opus, Shirin Yoku, sorti en mai 2026.
She Stands On The Shore évoque une divinité du mythe de Gilgamesh. L’ambiance est posée par le vibraphone de Ralph Wyld, qui vient équilibrer le bugle et la trompette de Yazz. Pas de violence, que du soft.
A Paradise In The Hold, de l’album éponyme (sorti en 2025), rappelle la beauté des îles de Bahreïn.
Al Naddaha est une sirène du genre femme fatale qui attirait les pêcheurs de perles dans ses filets. Bien sûr, Yazz est au bugle, qu’elle maîtrise à la perfection. Un son soyeux et profond, avec un je-ne-sais-quoi de reverb’ idoine. David Manington prend un solo dense et équilibré, s’appuyant sur ses partenaires. Yazz laisse beaucoup de champ à ses musiciens. Elle leur fait face plutôt qu’au public et les dirige avec une grande précision. Chacun ayant toujours au moins un œil sur sa partition.
Her Light (de l’album A Paradise In The Hold) est une ballade onirique, ici instrumentale (contrairement à la version enregistrée).
La Saboteuse (de l’album éponyme qui l’a fait découvrir en 2017) est sa version du mauvais génie qui habite chacun de nous. Ce morceau est plus âpre et rugueux, avec une batterie très nerveuse où Rod Youngs, qui joue pour la première fois avec Yazz, peut se lâcher. Yazz manipule avec précision ses nombreux effets. Les ambiances alternent entre chaos et introspection. La base se fait douce. Des samples viennent enrichir l’univers sonore. Le tout étant très éthéré, c’est son « Parfum de Jazz ».
Dawn Patrol est un titre phare du dernier album, qui traduit une session matinale de surf, au moment où l’océan s’éveille. On retrouve ici tout l’impressionnisme du style de Yazz Ahmed, coloriste musicale.
Mermaids’ Tears : la mer, le rivage, un thème qui revient sans cesse dans l’univers de Yazz, souvenir de ses origines.
A Shoal Of Souls rend hommage à tous les êtres qui franchissent le « Channel » (la Manche) dans l’espoir d’une vie meilleure et digne, espoirs souvent déçus.
Les quatre quittent rapidement la scène après un bref salut. Alors, forcément, le public en redemande.
Lost Pearl, en guise de rappel, est un souvenir de sa « première maison », le Bahreïn.
Avec ce concert, Parfum de Jazz nous aura, une fois de plus, à travers la richesse de sa programmation, montré l’éclectisme du jazz contemporain conjugué au féminin (et ce n’est pas fini !).
Les musiciens :
- Yazz Ahmed : trompette, bugle, effets
- Ralph Wyld : vibraphone
- David Manington : basse
- Rod Youngs : batterie
* : Bahreïn est un petit royaume (765 km², un peu plus grand que le Territoire de Belfort) composé d’une trentaine d’îles dans le Golfe Persique. Royaume coincé entre l’Arabie Saoudite et le Qatar.
