Où l’on retrouve l’ambiance cosy du cinéma le Reg’Arts de Buis-les-Baronnies, ses fauteuils confortables, sa climatisation quand il fait 33 °C dehors… et où il est compliqué de ne pas sombrer dans une sieste postprandiale.
Mais bon, quand il s’agit de culture, nous sommes prêts à tous les combats.
Jean-Paul Ricard, dont le pédigrée dans le monde du jazz est long comme plusieurs bras, veut ici rendre justice à une musicienne qui devrait se trouver sur le même piédestal que des Armstrong, Bechet, Coltrane ou encore Miles : la pianiste, compositrice et arrangeuse Mary Lou Williams.
Mary Lou Williams est née le 8 mai 1910 à Atlanta. De son vrai nom Mary Elfrieda Scruggs, elle a appris le piano classique, mais son oreille absolue lui permettait de reprendre les solos des meilleurs, dont bien sûr les jazzmen. Elle avait scotché Fats Waller en rejouant « à la feuille » un morceau qu’il venait de jouer sur le piano familial.
À quinze ans, « Little Piano Girl » rencontre et épouse le saxophoniste John Williams, avant de rejoindre le big band d’Andy Kirk, les « Twelve Clouds of Joy », dont elle deviendra la directrice musicale jusqu’en 1942.
Elle se remarie avec le tromboniste Harold « Shorty » Baker, qui rejoint le band du Duke. Le poste de pianiste étant pris, elle se contente « d’arranger » pour les plus grands chefs d’orchestre de jazz de l’époque : Benny Goodman, Count Basie ou Louis Armstrong, etc. Pas moins !
Le 24 avril 1930, elle enregistre son premier disque en piano solo, dont le morceau Night Life, un modèle du « Harlem Stride » [écoute].
Arrivée à New York, elle deviendra la muse des « boppers », rivalisant avec Gil Evans.
En 1945, elle crée un orchestre de femmes, avec quelques musiciennes qui feront une belle carrière, comme Mary Osborne.
Première tournée en Europe en 1952, et elle enregistre entre autres une superbe version de ’Round Midnight de Monk [écoute].
Elle joue avec Don Byas ; nous écoutons O.W.
En 1954, elle vit une crise mystique en l’église de Saint-Germain-des-Prés, puis se fait baptiser à New York en même temps que Dizzy Gillespie, avant de composer la fameuse Zodiac Suite. Elle délaisse alors le jazz pour des musiques plus religieuses.
Invitée au festival de Newport en 1957, elle retrouve le goût de la scène.
En 1962, elle crée sa propre maison d’édition et son label, où elle publie son Black Christ of the Andes, qui fait référence à saint Martin de Porres, un religieux dominicain péruvien du XVIe siècle.
En 1978, elle triomphe au Women’s Jazz Festival de Kansas City (le premier festival de jazz dédié aux jazzwomen).
Jean-Paul Ricard nous projette enfin le concert de Montreux de juillet 1978. Un grand moment de jazz et de son histoire.
