19/08/2026 -Lisa Murcia « Nana Project » à Saint-Restitut pour Parfum de Jazz

19/08/2026 -Lisa Murcia « Nana Project » à Saint-Restitut pour Parfum de Jazz

Réputé pour ses carrières de roche calcaire, Saint-Restitut reçoit dans l’une d’elle le quintet de Lisa Murcia. Le cadre est vraiment grandiose pour ce concert qui n’a pas manqué de nous surprendre.

En effet, la violoniste s’est entourée du violoncelliste Simon Lannoy, de la contrebassiste Léna Aubert, du pianiste Matthieu Truffinet et du batteur Ewen Grall. La moyenne d’âge ne dépasse pas trente ans, mais chacun est déjà une pointure dans son domaine.

Réunis depuis bientôt une année, les cinq musiciens portent le nom « Nana Project », presqu’exclusivement constitué de compositions originale.

L’introduction de Nana, le premier morceau, nous plonge tout de suite dans l’univers de ce projet. Le trio d’instruments à cordes est en mode musique de chambre, mais Léna Aubert et sa contrebasse y mettent promptement le holà pour laisser place au thème d’abord joué au violon dans les médiums, avant de grimper et flotter dans les hauteurs, porté par les nappes arpégées du piano et les basses solides du violoncelle et de la contrebasse. Quant à la batterie, elle se fond tellement dans l’ensemble qu’on n’y prête guère attention. Et pourtant, il y a de quoi se régaler avec toutes ces cadences qui s’enchaînent au millimètre. Trois, quatre, mais surtout cinq et sept temps, et ainsi du suite jusqu’à treize ! Ewen Grall est un batteur qui a la rare qualité de se faire oublier tant il ne fait que ce qu’il faut, mais tout ce qu’il faut, et toujours en finesse. Le jeu de Léna Aubert à la contrebasse a aussi de quoi laisser admiratif. Que ce soit à l’archet ou en pizziccato, elle imprime une énergie farouche à la formation. Sur ce premier morceau, on peut apprécier sa technique à l’archet et sa maîtrise des harmoniques.

Lisa Murcia présente Passe Passe comme un morceau de bord de mer. Elle souffle le chaud et le froid, mélodie éthérée posée sur les lames de fond de la section rythmique, puissantes sans violence. Un morceau qui incite au farniente en cette soirée tempérée très appréciable après la chaleur de l’après-midi. Matthieu Truffinet enchaîne avec Entre Deux et nous régale avec un chorus d’influence néoclassique envoûtant pendant que le trio à corde susurre les accords de la grille. Le temps suspend son vol.

Lisa Murcia aime contempler la ville depuis les logements qu’elle a occupés dans les étages élevés des immeubles. En haut de l’immeuble, relate ses états d’âme à la vue de ce spectacle permanent : agitation urbaine, nuits lumineuses, fourmilières des chantiers sont traduits en harmonies et disharmonies, polyrythmies plus ou moins complexes, et toujours la quiétude de l’observatrice. A plusieurs reprises, le thème est repris à l’unisson par la contrebasse, le violoncelle et la main gauche du pianiste, rengaine urbaine qui nous ramène à la respiration de la cité.

Tom’s Diner n’est pas une composition à proprement parler mais un réarrangement d’une chanson de Suzanne Vega, fruit d’un devoir d’école dont l’aboutissement est très éloigné de l’original. Léna Aubert prend un superbe solo, qui dérive petit à petit en trio piano/basse/batterie avant de laisser la place à un dialogue vigoureux entre le piano et la batterie. Après une improvisation libre entre le violon et la contrebasse, Azul débute comme une gigue irlandaise, puis Lisa Murcia propose un chorus chantant aux consonances slaves marquées. Interlude marque une pause incongrue avec une séquence de notes répétées dans les aigus à la contrebasse, pour une improvisation collective qui mêle à la fois harmonies et dissonances. Mare Mosso (mer agitée) porte bien son nom. Le violon et le violoncelle sonnent parfois comme une cornemuse ; l’ambiance est plutôt celtique, enfin au début, avant que les digressions inspirées de Léna fassent passer la mer de agitée à démontée. En mode électrique limite saturé, le violoncelle de Simon Lannoy en rajoute dans la fièvre de l’improvisation.

Dernier morceau avant le rappel, D’eau salée est une ballade intimiste agréable à l’oreille, légèrement mélancolique interprétée par la violoniste et le pianiste, avant l’entrée de la section « basses » et des voix inattendues qui apportent une fraîcheur appréciable. En rappel, Cheeky Monday évoque les soirées embrasées qui se tiennent chaque lundi dans de nombres villes néerlandaises. Un morceau à l’énergie urbaine très actuelle.

En second rappel, le quintet reprend Azul, en plus rapide, ce qui lui donne une force différente.

Le jazz est loin d’être mort, une part de son avenir était devant nous ce soir.

 

Les musiciens :

  • Lisa Murcia : violon
  • Léna Aubert : contrebasse
  • Simon Lannoy : violoncelle
  • Matthieu Truffinet: clavier
  • Ewen Grall : batterie

 

 

 

Auteurs/autrices