Pour célébrer le dixième anniversaire de Jazz en Bièvre avec le premier des six concerts de la saison 2026-2027, « ils » ont mis la barre haut en invitant l’octet de la pianiste, compositrice et arrangeuse Leïla Olivesi. Dix ans d’un festival, ça impose un certain respect, d’autant que la tâche était grande : il fallait constituer un auditoire fidèle là où le jazz n’avait pas coutume de vivre. « Jazz en Bièvre, association loi 1901, œuvre pour la promotion du jazz sur et autour de la vallée de la Bièvre, en Isère. À l’origine du projet, une envie de partager le goût du jazz sur nos territoires, à l’écart des grandes agglomérations et en dehors des festivals d’été. » Le résultat est là, d’autant que quelques « citadins » viennois, lyonnais ou grenoblois font désormais le déplacement.
Comme le rappellera le président François Ghani dans sa présentation, après avoir remercié celles et ceux qui font perdurer l’aventure — institutionnels, élus et équipe de bénévoles qui, un peu partout, portent les affaires dans l’ombre —, c’est une chance de pouvoir accueillir la musicienne, plusieurs fois récompensée, entourée de son gang originel, dont les « pointures » sont à son service exclusif. C’est avec une magnifique bienveillance que Leïla Olivesi présentera son œuvre tout au long de la soirée, tout en dirigeant ses musiciens, même s’ils connaissent parfaitement le répertoire. Il faut dire qu’elle ne peut s’empêcher d’apporter quelques changements de dernière minute à certains détails. C’est son « African Rhapsody » qu’ils vont nous présenter (*). La scène est presque trop petite pour les accueillir tous : le gang des souffleurs se tient sur le devant, masquant le trio de la section rythmique.
Me voilà contraint de reproduire mes propres lignes : « C’est lors du Parfum de Jazz 2021 que je découvre Leïla Olivesi à la tête de son mini “all french stars” big band. Sous le charme, assurément, je scrute depuis son parcours incroyable. Reconnue désormais très officiellement par ses pairs, ainsi que par les récompenses et les fonctions qu’elle reçoit régulièrement, elle fait indéniablement partie de ces musiciens créatifs, résolument contemporains, qui utilisent avec personnalité la grande histoire du jazz pour écrire et jouer leurs créations avec révérence, mais aussi avec énormément de charme. Finesse, audace et efficacité riment avec une énergie lyrique toujours positive : elle est une voix originale incontournable de ce jazz qui nous obnubile. » (voir ici).
Comme le faisait le Duke, c’est au retour de ses voyages qu’elle puise ses inspirations : Blue Chinguetti, Corsica, L’Afrique, mais aussi dans l’actualité, comme avec Wayne Left Town, à la mémoire de Wayne Shorter, pour lequel elle a donné une couleur un brin « West Coast » à sa section de souffleurs. On trouve également Aurore, mise en musique d’un poème de sa mère, Djamila Olivesi.
L’originalité des harmonies est singulière. La guitare de Manu Codjia apporte toujours ce mélange d’épices et de sucreries aux couleurs des vents. Rien ne sonnerait aussi bien sans la complicité fidèle du solide tandem formé par le contrebassiste Yoni Zelnik et le batteur Donald Kontomanou, qui livrent tous deux des solos particulièrement bien construits. Que dire de la magnifique section de trois saxophonistes et de ce trompettiste sensible, délicat et inspiré qu’est Quentin Ghomari ? Le funambule Baptiste Herbin est comme à la maison ; Adrien Sanchez déploie ses douces folies rageuses ; Jean-Charles Richard, pilier du gang, aura une fois encore montré toute sa délicatesse. Ils sont tous « impeccables ».
Ah oui ! À propos de ces solistes particulièrement complices, il ne faut surtout pas oublier que la cheffe, qui aura aussi su nous faire chanter, est une formidable pianiste…
(*) Le vinyle « African Rhapsody » vient de sortir. Il est disponible chez tous les bons disquaires et sur le site leilaolivesi.com.
