15/10/2026 – EYM Trio pour Un Doua de Jazz et le Rhino Festival

15/10/2026 – EYM Trio pour Un Doua de Jazz et le Rhino Festival

EYM Trio : quinze ans de route, une évidence collective

Un peu plus de quinze ans après leur premier concert public, le EYM Trio a atteint ce point rare où trois individualités ne font plus seulement de la musique ensemble : elles respirent, écoutent et avancent comme un seul organisme. Ce soir, Élie Dufour, Yann Phayphet et Marc Michel offraient une traversée de leur répertoire, riche d’un « matériel » accumulé depuis 2011 — et d’une complicité que le pianiste résume avec malice par le mot de « trouple » soudé.

Dès les premières mesures, Élie Dufour prend les commandes avec une aisance souveraine. Il fait le tour complet du piano : main droite allègre, phrases aux accents bulgares dont il ne se départ guère, cordes étouffées, couleurs changeantes. Yann Phayphet s’installe avec une grande stabilité sur sa contrebasse, tandis que Marc Michel entre dans le jeu avec souplesse, dans une batterie claire, vive et remarquablement économe en notes. Rien n’est là pour meubler : chaque intervention a une fonction, chaque silence pèse.

Un répertoire en mouvement
Le programme puise dans plusieurs étapes de l’aventure. Borders, issu de « Sādhana » (2018), ouvre avec une énergie franche, avant Picnic in Tchernobyl, proposé dans le cadre de « Nomad Session » (2026). Deux morceaux dynamiques, portés par un groove net et par cette capacité du trio à faire circuler l’impulsion sans jamais perdre le fil mélodique.

La ballade Song for Anilou (« Bangalore », 2023) apporte ensuite une respiration toute en délicatesse. Puis Yann Phayphet déploie un long solo à l’archet, aux notes étirées, presque vocales, avant que le trio n’embraye sur Casablanca, thème enlevé tiré de leur quatrième album éponyme, paru en 2024.

Marc Michel signe Liminal, composition encore inédite. Elle commence naturellement par un long solo de batterie où l’instrument chante autant qu’il rythme : résonances, textures, frôlements, puis mise en place progressive du collectif. C’est l’un des moments les plus ouverts de la soirée, celui où l’on entend le trio chercher, hésiter et trouver ensemble.

Le set se referme sur No Madness, composition d’Élie Dufour extraite de « Casablanca » (2024) — une conclusion lumineuse, sans démonstration superflue, fidèle à l’esprit du groupe.

Le plaisir des retrouvailles

Pour le fun, nous avons retrouvé les photos de leur tout premier concert public, le 25 mai 2011 à l’AmphiOpéra — devenu depuis l’Opéra Underground. La chronique de l’époque est ici .

Hasard de l’histoire : ce même jour se produisait à La Clef de Voûte le jeune virtuose du oud Mohamed Abozekry, qui retrouvera EYM Trio sur « Yuntābā », album à paraître au printemps 2027. Une belle boucle à venir pour un groupe qui, après tant de routes, de concerts et d’albums, n’a visiblement pas fini de surprendre.

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