Puisant son inspiration dans ses racines familiales, la Martinique pour son père, la Côte d’Ivoire pour sa mère et les traditions musicales des Caraïbes, Sélène Saint-Aimé se produisait vendredi soir à l’auditorium de Valence, dans une coréalisation entre Jazz Action Valence et le Théâtre de la Ville.
Sélène a grandi à Bois-le-Roi, en Seine-et-Marne, tout près du festival Django Reinhardt, où elle a découvert très jeune le jazz, sa deuxième source d’inspiration, enrichie par une rencontre décisive avec Steve Coleman, qui lui indiqua le chemin de New York, où elle a découvert le « métier » en côtoyant la crème du jazz, avec sa contrebasse mais aussi la modestie.
Son set pencha fortement du côté des Antilles et des musiques afro-cubaines, représentées par Irving Acao, saxophoniste ténor se pliant avec bonheur aux rythmes chaloupés du zouk.
Nous découvrîmes la richesse musicale et poétique de son répertoire, la qualité de son interprétation et surtout l’archipel linguistique créole.
Tout est fait dans la spontanéité et la complicité, dans un espace défini comme « son laboratoire » : l’espace de la scène et des musiciens. Sa maîtrise de la contrebasse (passionnant instrument massif contrastant étrangement avec son physique) et la finesse d’une voix à la tessiture diversifiée et cristalline.
Et puisant son énergie dans la culture des Antilles et de ses premiers habitants, les Arawaks, peuple migrant qui connut plus tard la colonisation et la révolte (les Marrons), elle enrichit le concert par de séduisants duos voix-instrument avec ses musiciens, comme avec le batteur Sony Troupé, lors d’une improvisation au tambour ka, dont il est le maître, puis une berceuse de la Guadeloupe.
Autre moment en duo, émouvant, avec le pianiste Xavier Belin, pour un chant créole de Louisiane, puis un chant de La Réunion de la célèbre marronne*, Estelle Coppolani.
Ce concert de Sélène Saint-Aimé fut une pure merveille de douceur et de sensualité lorsque Sélène se lança avec malice dans l’esquisse d’un pas de danse empli de grâce, avec ce déhanchement typique, chaloupé et zouké.
Sélène Saint-Aimé, fille des Titans et déesse de la Lune, astre qu’elle vénère depuis sa naissance, nous a emmenés très haut, pour notre plus grand plaisir.
Dépêchez-vous de découvrir notre « perle des îles », car elle est déjà en partance vers d’autres aventures… à New York !
Sélène Saint-Aimé est Révélation de l’année aux Victoires du jazz 2021. Albums : « Mare Undarum » (2022), « Potomitan » (2022, Komos Jazz).
Sony Touré, « Evy danse » (2026). Xavier Belin, « Crossing Digression » (2025).
*Estelle Coppolani, poétesse et écrivaine de La Réunion. Les Marrons désignent les esclaves qui fuyaient les plantations de l’ancienne île Bourbon pour échapper à la servitude (du mot espagnol cimarron).
Les musiciens :
- Sélène Saint-Aimé: contrebasse, voix, compositions
- Irving Acao: sax ténor
- Sony Troupé: batterie, percussions
- Xavier Belin: piano
