D’origine australienne, maintenant installée en France après des séjours significatifs au Japon et aux États‑Unis, un passage remarqué comme chanteuse du groupe britannique Morcheeba (période de l’album The Antidote en 2005), et un album longtemps attendu en duo avec le pianiste Alain Jean-Marie en 2023, la chanteuse et multi‑instrumentiste (sax et flûte) Jody Sternberg donne aujourd’hui un nouvel élan à sa carrière avec l’album « Sea of Love » (Bonsaï Music, 2026), soigneusement mûri et portant sa marque de bout en bout. Cela se traduit d’abord dans le choix d’une solide équipe d’accompagnateurs qui réunit les claviers de Công Minh Pham, la guitare de Julien Omé et l’efficace rhythmique constituée de Benoît Dunoyer de Segonzac (contrebasse) et Rémy Kaprielan (batterie), mais aussi dans le choix des morceaux, alternant reprises et compositions originales de Jody.
L’album s’ouvre sur les accents bossa‑nova de Sea of Love, composition qui donne son titre à l’album. Ce morceau connut un vaste succès grâce à son compositeur Phil Phillips à la fin des années 50, tout en ayant droit par la suite à de multiples reprises très différentes, dont celles de Robert Plant et ses Honeydrippers, ou plus récemment de la chanteuse folk Cat Power. Ici, Jody Sternberg s’approprie le morceau en laissant de côté ses accents rhythm’n’blues originels au profit d’une ambiance brésilienne feutrée ; elle en fait une magnifique déclaration d’amour toute en nuance et finesse, tant dans le chant que dans l’accompagnement délicat.
Le deuxième morceau est, à double titre, une originalité surprenante : il s’agit d’une reprise d’un thème du film « Blade Runner » composé par Vangelis, One More Kiss, Dear. Jody en partage les voix avec le chanteur Arthur H, une vieille connaissance avec laquelle elle collabora lors de son arrivée à Paris ; ensemble, ils en font une chanson à l’ambiance écorchée et cabaret enfumé rappelant Tom Waits.
Place ensuite à une composition de Jody Sternberg, In Your Eyes, une délicate ballade bien servie par la voix sensuelle de Jody, finement accompagnée par la guitare de Julien Omé et les claviers de Công Minh Pham, avant de se terminer par un délicat chorus de flûte de Jody.
On poursuit avec trois autres reprises très personnalisées : tout d’abord une version saisissante en japonais de House of the Rising Sun (Ano Hito), auréolée ici et là de quelques volutes de flûte. Clin d’œil appuyé à Nina Simone avec une version chaude et jazzissime de Don’t Let Me Be Misunderstood, qu’elle conclut ici avec un chorus bluesy de sax alto. C’est ensuite, dans une adaptation en français, le traditionnel Black Is the Colour of My True Love’s Hair (Noire est la couleur), avec un accompagnement minimaliste et un chant rempli de douceur et de mélancolie.
Nouvelle composition de Jordy avec Dearest Lord, et son chant d’une gravité et sensualité extrême, ponctué de quelques riffs de guitare de Julien Omé.
Suivi de Shine, encore une composition de Jordy, plus innovante et enjouée cette fois‑ci, avec ses effets sur la voix, une rythmique obsessionnelle et sa flute virevoltante.
Dernier morceau avec Buzzing Bee (Little Sunflower), à la gravité accentuée par l’accompagnement de contrebasse et le chant poignant de Jody.
Avec cet album combinant merveilleusement reprises suaves parfaitement choisies et compositions originales délicates, Jody Sternberg révèle un immense talent de chanteuse dans le registre intime et sensuel qui caractérise les plus belles voix du jazz… Il y a dans cet album tout ce qu’il faut pour s’ouvrir les portes d’une large reconnaissance.
La sortie de l’album est prévue le 22 mai et Jazz-Rhone-Alpes.com ne manquera pas de vous informer des concerts dans la région.
