Le Solar en voie de restructuration
Voilà une chronique qui n’en est pas vraiment une, mais plutôt un état des lieux de ce qui se passe au Solar, scène de jazz à Saint-Etienne.
Le Solar est, pour ceux qui l’ignorent, l’endroit où se diffuse, se produit, se partage et s’écoute de la musique jazz à Saint-Etienne. C’est un lieu qui, depuis son ouverture en janvier 2021, a conquis les Ligériens comme les amateurs venus d’ailleurs. Il faut dire que cet espace, à l’allure d’un petit théâtre baroque et à la jauge de cent-vingt places, a de l’allure, le sens de l’accueil et une propension à faire entendre de la chouette musique. Ce projet pas si fou (oui, il y a un vrai public pour le jazz à Saint-Etienne et oui, il n’est pas composé que de têtes blanches) est le fruit du rêve de Ludovic Murat, saxophoniste, fondateur de l’association Gaga Jazz et professeur au Conservatoire de Région Massenet. Ludo a la passion têtue. Trouver un lieu de diffusion a été longtemps son Graal. Depuis plus de vingt ans, même. Avec le Solar, bingo ! Voilà un espace idéal, géré par Gaga Jazz, loué à la municipalité de Saint-Etienne et soutenu (entre autres) par cette dernière. Situé au sein de la Comète, un bâtiment lui-même en pleine effervescence culturelle, il offre, de plus, un sacré tremplin pour les élèves en section Jazz et Musiques Actuelles du conservatoire tout proche. Va tutto bene. Pourquoi donc en parler, sauf intérêt artistique ? C’est que des rumeurs nous sont parvenues il y a quelque temps.
Puis des silences, des réponses qui se faisaient attendre.
On savait depuis l’an dernier que le modèle économique en était fragile, d’autant que le lieu avait la charge de deux salariés: Olivier Corchia, directeur arrivé en septembre 2024 et Julia Angelou pour la production et la communication (ainsi que Philippe Jallet, régisseur général, parti l’an dernier). Les charges fixes salariales s’élevaient alors à environ cent vingt mille euros. Mais bon, quelle structure culturelle est aujourd’hui en pleine forme, dans un contexte général morose ? Tout le monde restait donc optimiste, qu’il s’agisse du public, des responsables et de la vingtaine de bénévoles… tout le monde, à part le comptable qui lance un jour l’alerte. STOP. Des bruits se mettent alors à courir, s’arrêtent, repartent. On attend une annonce officielle. Et voilà que, dans la newstletter du mois de mars envoyée sur le web, Oliver Corchia annonce lui-même son départ pour le 11 mars dernier, dans le cadre d’un licenciement économique, de même que celui de Julia (cette dernière s’en ira fin mars). Stupéfaction et frémissements angoissés. Qu’est-ce que cela génère ? Que va-t-il advenir du Solar ? Quelles conséquences pour la fin de la saison ? Nous avons demandé des éclaircissements à Marion Rim*, coprésidente de Gaga Jazz avec Ludovic Murat, qui a répondu de façon extrêmement détaillée. On en précise ici simplement les grandes lignes.
En premier lieu, il n’est pas question de baisser les bras: « Pour nous, l’idée c’est toujours de porter une programmation exigeante, dans un lieu de rencontres, d’échanges avec les acteurs culturels du territoire et la mise en avant de la création. Malgré le contexte politique difficile et les charges en augmentation, on tient vraiment au projet. Pour y arriver, on s’est dit qu’il fallait restructurer. Ainsi, le seul poste qui doit être maintenu, c’est un poste d’administrateur général ». Ce poste en CDI et voté en conseil d’administration, a été proposé à Marion Rim. Elle l’a accepté et cela prendra effet le 1er avril.
Quels changements concrets pour le lieu ?
D’abord, l’aventure continue et compte bien s’étoffer avec davantage de bénévoles. Ensuite, une offre de restauration devrait voir le jour en lien avec des producteurs locaux. D’autre part, un Collectif Solar est créé. Il est composé d’un noyau de musiciens éminents, participant déjà à la dynamique du lieu (notamment lors des jam sessions). Enfin, l’ancrage se veut tant local (avec le Conservatoire) que régional avec des partenariats anciens à renforcer et de nouveaux avec lesquels travailler en réseau. Par exemple, le Crescent à Mâcon, le Hot Club de Lyon, le Jazz Club de Grenoble et la Baie des Singes à Cournon.
Un prévisionnel de retour à l’équilibre financier est prévu pour 2027. D’ici-là, un comité de programmation travaille déjà sur le dernier trimestre 2026 et, pour la saison 2026-27, place aux économies « mais pas question de rogner sur l’exigence artistique ».
Cette exigence -et du plaisir !- sont à retrouver dès ce samedi 21 mars avec les saxophonistes Baptiste Herbin et Michaël Cheret, accompagnés par Patrick Maradan à la contrebasse et Philippe Maniez à la batterie.
* Entre Paris et Bruxelles, Marion Rim se construit à travers le violoncelle classique. Un accident vient interrompre ce parcours nourri de rigueur musicale. Pour se réinventer, mais sans jamais rompre avec la musique, elle mène plusieurs expériences de direction et de développement. Dans cet esprit, elle s’engage peu à peu dans le projet du Solar, au sein de l’association Gaga Jazz dont elle devient co-présidente avec Ludovic Murat. A défaut d’être sur la scène, elle choisit donc aujourd’hui de la faire vivre et d’en prendre les rênes.
