Belle soirée chez Mademoiselle Simone, où le saxophoniste Michel El Malem s’entoure d’un trio de solides musiciens de la scène régionale : Benoît Convert à la guitare, Basile Mouton à la contrebasse et Stéphane Foucher à la batterie.
Le quartet propose un hommage appuyé au Wayne Shorter des années 60-70, une filiation assumée que Michel El Malem revendique avec respect et profondeur. Dès l’ouverture avec Twelve More Bars to Go, le ton est donné : chacun des musiciens prend la parole, comme pour affirmer d’emblée la qualité de ce collectif. Benoît Convert impressionne par un jeu à la fois sobre et habité, tandis que Basile Mouton impose un premier chorus d’une grande maîtrise. Stéphane Foucher, familier de ce répertoire qu’il pratique depuis des décennies, s’inscrit naturellement dans cette esthétique.
Loin d’être un inconnu des lieux — il s’y était déjà produit l’an passé — Michel El Malem confirme ici la solidité d’un parcours jalonné de plusieurs enregistrements remarqués. Comme beaucoup de saxophonistes de sa génération, il s’est construit à l’ombre de Wayne Shorter, dont il restitue l’esprit avec fidélité.
Le set se poursuit avec 502 Blues, avant l’incontournable Footprints, immédiatement reconnaissable. Le climat se fait ensuite plus introspectif avec la ballade Infant Eyes, dédiée par Shorter à sa fille.
Le second set s’ouvre sur Virgo, délicatement porté par un chorus tout en nuances de Benoît Convert. Puis Eighty-One donne lieu à de longs développements collectifs, où le groupe prend le temps d’explorer la matière sonore. Sur Mahjong, Stéphane Foucher livre une introduction de batterie inspirée, dans l’esprit d’Elvin Jones période « Ju Ju ».
Moment attendu, Ju Ju déploie ensuite ses motifs hypnotiques, entre influences modales et résonances africaines.
Enfin, le troisième set s’autorise un détour par John Coltrane avec Giant Steps, rappelant l’influence déterminante qu’il exerça sur Wayne Shorter.
Programmer un tel répertoire un samedi soir relève d’un certain pari pour Mademoiselle Simone, face à un public pas toujours acquis à un jazz exigeant. Pourtant, la musique prend, et une large partie de la salle se laisse happer, bien au-delà du simple dîner.
Musiciens :
- Michel El Malem : saxophone ténor
- Benoît Convert : guitare électrique
- Basile Mouton : contrebasse
- Stéphane Foucher : batterie
