(26) DrômePoët Laval Jazz

16/07/2021 – EYM Trio au Poët Laval Jazz/s Festival

Le sevrage a ceci de bon qu’il décuple les plaisirs dont nous avons été privés pendant bien trop longtemps. J’avais presque oublié à quel point c’est bon de se retrouver régulièrement face à une scène où se mijote devant soi l’alchimie des notes, des rythmes et des silences.

La septième édition du Poët Laval Jazz/s Festival démarre de fort belle manière avec l’EYM Trio, dont la musique est présentée par Roland Corbelin comme inventive, énergique et colorée. Que ces termes sont bien choisis pour ces compositions imprégnées de chaleur méditerranéenne, ancrées dans la culture des Balkans, ouvertes vers les horizons lointains de l’Orient (Moyen et bien au-delà) aux vastes étendues des ambiances scandinaves. Chaque composition est une histoire en soi, succession de mélodies, harmonies et rythmes hyper structurés, déambulations rêveuses et larges plages d’improvisation. Gynkgo Biloba entame le set avec une courte mais efficace intro de Yann Phayphet à la contrebasse, cadencée par un léger claquement des cordes sur la touche, sur laquelle viennent se greffer une mélodie sobre et chantante au piano d’Elie Dufour, et un rythme confortable à la batterie tenue par Marc Michel. Tout ronronne, mais pas pour longtemps. On remarque bien quelques entorses à l’harmonie, quelques notes qui ne sont pas forcément dans le catalogue et quelques syncopes qui sortent de la cadence que l’on croyait installée. Un petit unisson entre la contrebasse et la main gauche du pianiste, et les loustics n’y tiennent plus, ils lâchent les rênes. Place au déferlement d’énergie sans se départir d’une finesse de tous les instants. Ambiance moins festive pour Pique-nique à Tchernobyl, qui réussi à retranscrire à la fois la peur, la colère, l’espoir, la vitalité de la nature qui reprend le dessus. Mais il y a définitivement quelque chose de déréglé dans les airs, comme une fêlure qui marque l’irréparable. Le morceau se termine comme une sorte de résignation, avec en fond sonore le grondement du vent dans les micros. Tout un symbole.

Paradiso Perdito fait référence à une des scènes de prédilection du trio à Venise, où les sessions les plus sages terminent presque toujours en concert de heavy metal. Mais ça, on ne l’a su qu’après, une fois que la ritournelle enchantée du départ, imprégnée de sonorités africaines ou slaves avec le piano en balafon ou en cymbalun, au gré des sensibilités, transformée en riffs rageurs et roulements de caisse claire et rugissements de cymbales. Il fallait bien toute la sérénité d’un jardin japonais pour reprendre ses esprits avec Tempête de chaises (titre provisoire en référence aux conditions météorologiques du moment) et son beau thème exposé à l’unisson main gauche piano / contrebasse.

EYM Trio nous fait la primeur de Merapi, inspiré du célèbre volcan indonésien. Au-delà des éruptions explosives de la batterie en contraste avec un chorus de contrebasse tout en harmonie, on entendrait presque rouler les roches volcaniques alvéolaires au son si particulier quand elles s’entrechoquent. I’m travelling alone, composition de Marc Michel, reste dans la continuité volcanique, sans se départir d’une finesse distinguée dans tous les registres. Le temps d’une ballade/berceuse avec Emile, et Bengalore vient conclure le set sur des cadences déstabilisantes et pourtant confortables.

Le trio ne se fait pas prier pour un rappel ; le choix du batteur se porte sur Still standing, inspiré par la visite du site d’Hiroshima, bourdonnante de vie mais qui garde en son sein la cicatrice éternelle de la folie des hommes.

Ont collaboré à cette chronique :

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