13/03/2026 – Chien Lune à Jazz’Alp

13/03/2026 – Chien Lune à Jazz’Alp

En avril 2025 au jazz club de Grenoble, j’ai eu le plaisir d’écouter et d’écrire la chronique du concert de Chien Lune Trio (voir ici). Cette année, j’ai la chance de les écouter à nouveau dans ce festival sous la neige ; et selon l’expression « c’est toujours la même chose, mais jamais la même chose» c’est un autre plaisir que ce concert m’a procuré !

Chien Lune est toujours la traduction littérale de Moondog, nom sous lequel se fit connaître le musicien compositeur américain Louis Thomas Hardin, personnage haut en couleurs, vêtu d’une robe de bure et d’un casque en cuir avec des cornes de buffle, inventeur d’une musique particulièrement originale puisant ses sources dans la culture amérindienne.

Il chantait dans les rues, jouait de ses instruments, des modèles uniques conçus par lui.

Tout cet univers a attiré le contrebassiste Pascal Berne, autre explorateur et créateur de musique, qui s’est réapproprié cet héritage précieux et l’a partagé avec la batteuse Elvire Jouve et le saxophoniste Damien Sabatier.

Ces deux là entourent le placide Pascal à la contrebasse majestueuse, comme les deux facettes opposées d’un triptyque. Elvire très concentrée et toute en retenue mais capable d’une certaine force ; Damien tout aussi concentré mais à la gestuelle très engagée passant d’un saxophone à un autre, voire deux en même temps.

Ce soir encore, l’inventivité et l’originalité de ces trois talents fait mouche.

Bird’Lament, écrit par Moondog en 1956 suite au décès de Charly Parker, nous fait pénétrer dans ce monde singulier qui combine improvisations et rigueur.

Le jeu d’Elvire en est un exemple : maîtresse de sa batterie, elle caresse les cymbales ou les secoue doucement, fait tinter quelques clochettes, devient exigeante avec la batterie qu’elle secoue avec force, jusqu’à redescendre vers une douceur caressante et rejoindre ses compères. On sent chez elle le goût de l’aventure musicale.

Damien, impressionne par la facilité avec laquelle il saute d’un saxophone sopranino à un alto ou un baryton toujours dans l’exaltation de l’improvisation. Il n’hésite pas à souffler dans des flûtes improbables ou à utiliser le Shruti-box, harmonium indien. Grand virtuose, il maîtrise ses instruments et le sens de la complexité.

Pascal, faut-il le présenter, garde le cap dans les bras sa contrebasse.

Tous trois cassent les codes et donnent une seconde vie à un œuvre délirante et joyeuse. Moondog a rendu hommage à Bach comme Jean Sébastien ou comme Si bémol, La, Do, Si bécarre ! Chien Lune lui emboîte le pas dans une exploration musicale faite de combinaisons sonores inventives.

Tout le concert fut un régal de musique inventive et attachante. Quel plaisir renouvelé de constater que le jazz est en constante évolution et qu’avec du vieux de qualité on peut faire du neuf de qualité!

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