Ne vous y trompez pas ; le Menalua Quartet ne déguise pas une « Manuela » hésitante en chanteuse qui ne s’affirmerait qu’à moitié. Le duo (Mathilde Gardien – voix, piano, composition – et Romain Salmon – guitares et composition), à l’initiative du quartet, se manifeste dans la lumière depuis que leur voix et leur musique se sont rencontrées. Le grand talent de Matis Renault à la contrebasse — lignes fortes et ostinatos puissants, chorus lyriques et inspirés — et celui de Basile Gueguen à la batterie (soutien discret, efficace, mais éblouissant en chorus) ont permis de constituer le groupe.
Nous avons pu entendre une musique originale, dans des climats et des couleurs magiques, où le sens de l’intimité (quelques compositions jouées à deux comme Rio, Tombée du ciel, Einfall (dit ainsi Nietzsche de son Zarathoustra) se marie étonnamment avec une musique plus « extravertie » comme les sambas (Somewhere par exemple, ou You’re Everything interprétée de manière subtile dans le jeu dansant des contretemps de la guitare et des gimmicks de contrebasse).
Un concert extrêmement rafraîchissant donc, où l’atmosphère originale (Ménalua, cela veut dire « la fille de la lune » — onirisme donc) se conjugue avec une grande précision musicale pour servir une voix claire, précise, enlevée et élevée, en dialogue avec une guitare aux multiples aspects (des arpèges de grotte lustrale, des chorus jazz-rock électrisés, chauds et lyriques, des harmonies jazzy fines et discrètes). Et puis aussi des compositions originales aux mélodies travaillées, ouvragées, inspirées parfois, nourries d’influences diverses : jazz, flamenco, brésiliennes…
Ce sont d’abord ces mélodies chantées d’une voix acrobate, sur fond d’harmonies, de couleurs et de sonorités à la fois dynamiques et oniriques, qui nous ont plu ; et le Jazz Club de Grenoble tout entier, j’imagine, car le « rappel » n’a pas manqué.
Nous avons pu entendre des compositions, surtout : Menalua, Murcia (ah oui ! les acrobaties vocales à l’unisson avec la guitare ou avec la contrebasse, doublées à la main gauche au piano ! Une merveille !), This Is Good (ou comment se retirer d’un danger quand on est une femme), Vole, Intruders (ou comment faire quand on est vécu comme un intrus). (Le désir de signification et de sincérité des paroles de Mathilde !), Rio, Opa, Somewhere, mais aussi Exit Music de Radiohead et You’re Everything de Chick Corea.
Il ne s’en est pas vanté sur scène ; le Menalua Quartet a remporté le Festival de jazz vocal de Crest l’été derrnier (voir ici et ici).
