Trois musiciens au Sommet (de leur art) !
Baptiste Trotignon débarque avec son nouveau projet « Art is simple », dont l’album est sorti hier.
Avec « Art is Simple », Baptiste Trotignon s’impose une contrainte radicale — composer chaque titre en moins d’une heure — pour retrouver une écriture intuitive, épurée et élégante.
Ce projet se veut un refuge sonore face à un monde jugé trop complexe (on retrouve dans sa démarche des références à « l’infobésité » et à d’autre maux qui minent notre société), privilégiant la simplicité mélodique, une atmosphère apaisée et une post-production « léchée ».
Le projet a été enregistré il y a un an et sort en ce moment.
Sur scène comme sur disque, il traduit cette démarche en un jazz instrumental ouvert à la pop, à la soul et aux musiques de film, où l’émotion prime sur la virtuosité. Ce que l’on vérifiera ce soir.
Au programme quelques morceau de l’album et au cœur du set, quelques chansons comme Mother nature’s, « d’un petit groupe de Liverpool qui a bien réussi » ! Et ce Life on Mars d’un certain David B., attaqué au piano seul, avec une délicatesse rare.
Ils nous gratifieront aussi d’un standard, Evidence.
Au sujet de « Art is simple », le set débute d’emblée La route et L’absence. Dès les premières mesures, le trio est en communion. Et l’on reste estomaqué par la présence du batteur Raphaël Pannier : une dentelle d’une densité rare, un jeu souvent croisé, comme un gaucher contrarié.
Évidemment, le public a les yeux de Chimène pour le bassiste Jérôme Regard, parrain du festival et résident de la commune. Mais c’est d’abord un immense bassiste, et ce soir, il le rappelle avec autorité. Quant à Baptiste Trotignon, inutile de le présenter. La cinquantaine légèrement dépassée, il a gagné en maturité et se donne corps et âme dans ce projet : son visage le dit à chaque seconde.
Le trio passe en revue une partie du répertoire de l’album. C’est enlevé, varié, vivant. Une fois de plus, on le vérifie : le trio reste la formule reine du jazz, surtout quand les trois protagonistes se donnent comme ce soir.
Sur Une ligne, surprise : Baptiste Trotignon siffleur, parfaitement à l’unisson avec les notes de la dextre !
Kashmir (de Led Zep’) explose dans une version rock et punchy (c’est fou ce que l’on peut faire avec un Fender Rhodes !), avec un batteur aux avant-postes pour soutenir son leader.
Évidemment, rappel il y eut : Trans, suivi de quelques mesures de Cantaloupe Island (d’Herbie H.) pour le plus grand plaisir de la salle sous le charme.
À l’issue de ces deux jours d’ouverture à Saint-Genest-Malifaux, les organisateurs de Jazz au Sommet étaient aux anges. Des concerts de haut vol, un public conquis. Que demander de plus ?
Les musiciens :
- Baptiste Trotignon : piano, Fender Rhodes, sifflet
- Jérôme Regard : basse, contrebasse
- Raphaël Pannier : batterie
