Mandy Lerouge, chanteuse franco-malgache, est venue parler d’une enquête, celle qu’elle a entamée il y a plus de dix ans, après son premier voyage en Argentine. Avant son entrée sur le plateau, en voix off et en soignant la scénographie, elle évoque ceux qu’elle y a découverts et auxquels elle va rendre hommage : le guitariste et chanteur Atahualpa Yupanqui (1908–1992) et le compositeur Pablo Del Cerro (1908–1990). Au fil du concert, on apprendra que ce dernier est une femme, et que c’est elle qui a composé tous les airs du célèbre musicien, à la fois poète et engagé. On saura aussi que derrière ce pseudo se cache Antoinette Pépin, qu’elle est française, que tous deux se sont aimés et ont eu un fils, Roberto. Voilà pour l’épopée intime. Mandy Lerouge, à travers notamment Del Cerro (de la montagne), un deuxième opus publié l’an dernier, a souhaité en faire une odyssée bien plus vaste. Après s’être approprié un langage musical qui lui était alors inconnu, avoir humé les terres argentines et s’être imprégnée au quotidien d’une culture différente, elle a mis en voix le silence, les notes, les mots d’amour et de révolte. L’enquête s’est transformée en quête presque existentielle. En espagnol et avec une diction parfaite, son beau timbre vocal a permis les nuances et les ouvertures adroites vers les musiciens qui l’accompagnaient.
Il y avait là Diego Trosman, un Argentin à la guitare sensible, de même que son compatriote Javier Estrella, à la batterie subtile. Puis Olivier Koundouno. Ce dernier, avec son violoncelle augmenté, a multiplié les effets électro-acoustiques, pour des rendus parfois éthérés, parfois sombres ou mélancoliques. Des pépiements d’oiseaux se sont même invités à cette fête d’un autre monde, pas si lointain pourtant, puisqu’il s’offrait avec une réelle sincérité. C’est cette authenticité, ce spectre musical venu faire passerelle entre les disparus et les vivants, cette langueur folk et chaloupante qui ont sûrement conquis les auditeurs, debout pour le rappel.
Quant à écrire cette chronique, je suis toujours dans le doute. Est-ce bien un sujet pour Jazz-Rhone-Alpes.com ?
La programmation du premier trimestre du Solar a été dévoilée dernièrement par Marion Rim (directrice générale du lieu), Ludovic Murat (Gaga Jazz) et Thomas Bell, pianiste et l’un des dix artistes membres du collectif Le Solar. On l’avait indiqué l’an dernier : pour résoudre les difficultés financières, il faudrait repenser le fonctionnement du lieu. C’est fait, et cela signifie concrètement que le Solar, tout en restant dans l’esprit Gaga Jazz, va accueillir des musiques plus diversifiées, favoriser l’émergence et s’ancrer davantage dans le territoire. Il y aura donc pas mal de soirées initiées ou animées avec conviction par le collectif, notamment autour de grandes figures du jazz (Miles Davis et Ella Fitzgerald). D’autre part, les partenariats vont se poursuivre et se diversifier : Le Rhino, Les Nouveaux Fabulistes, Tremplin Jazz au Sommet, Le Crescent, le festival Paroles et Musiques… On retiendra particulièrement la sortie d’album du contrebassiste Michel Molines, la venue du batteur new-yorkais Ari Hoenig ou la connexion des univers entre Jules Regard et Vincent Forestier.
