27/01/2026 – Chocho Cannelle au Périscope

27/01/2026 – Chocho Cannelle au Périscope

Chocho Cannelle en live : un défilé de sons hot couture

 

Si le singulier quartet d’Occitanie, déjà honoré de quelques prix prestigieux, nous avait fait forte impression avec son dernier album, le live offert mardi à la SMAC de Perrache nous a bien confirmé qu’on tient là un petit bijou sonore aussi original que captivant. Un vaste nuancier de couleurs contrastées et très atmosphériques, combinant élégance mélodique et intense énergie vibratoire. De bout en bout, que du bonheur pour l’auditeur !

Après l’énorme coup de cœur pour leur dernier album «Yo te Cielo» présenté à l’automne 2024 (voir ici), je concluais ma chronique en espérant vivement qu’une scène lyonnaise nous en propose la version live, n’ayant pu personnellement les voir lors de leurs passages dans notre région, ni à Parfum de Jazz (voir ici) ni à Jazz Contreband. Souhait exaucé pour mon premier concert de l’année, puisque l’on retrouvait enfin le singulier quartet d’Occitanie Chocho Cannelle mardi dernier dans l’antre du Périscope à Lyon Perrache, bondé de deux-cents spectateurs pour beaucoup en totale découverte. Leur plaisir n’en aura été que plus intense, tant la prestation offerte durant une heure quarante a été en tout point remarquable et captivante, suivie dans une écoute exceptionnelle et saluée de bout en bout par une chaleureuse et spontanée ferveur.

L’entame se fait sur l’une des nombreuses pépites de cet album, drôlement intitulée L’Hystérie du Mec, initiée ici par un long drumming en intro servi par son compositeur Léo Danais. Rejoint par l’ostinato du clavier Nord joué par Arthur Guyard, il installe un beat quasi électro sur lequel viennent se greffer tour à tour la fameuse harpe electro-Llanera de Camille Heim, étonnant instrument capable de se substituer aussi bien à une lourde basse qu’aux volutes cristallines d’une kora, puis la clarinette soprano tourbillonnante de Timothé Renard (soufflant dont la calvitie, la barbe fournie, et le regard malicieux ne sont pas sans me faire beaucoup penser à Raphaël Imbert !..) pour faire décoller le morceau dans une belle énergie vibratoire. Un souffle plus apaisé et toujours marié avec élégance aux cordes de la harpe pour Nuotare qui suit, avec sa douce et envoûtante mélodie très climatique.

L’harpe et la manière

Car c’est bien ce qui fait -entre autre- le charme de Chocho Cannelle, cet art de dessiner en un tournemain des climats instrumentaux très atmosphériques, sans cesse renouvelés et changeants, dans une grande variété d’ambiance à chaque fois saisissante. Comme c’est encore le cas pour Cinq Terre, nerveux comme une B.O. reflétant une sorte de course-poursuite à travers les paysages fascinants de cette région italienne. Timothé passe pour ce faire à la clarinette basse, utilisant ici une wah-wah parmi l’armada de ses pédales d’effet pour simuler le vent qui, allié au jungle-beat développé par le puissant batteur, nous emporte dans sa poussée résolument rock, tandis que s’envole d’un doigté lyrique le pianiste devant son quart de queue Yamaha.

Une clarinette basse au son profond qui après un long développement d’intro nous embarque dans la plus sombre danse de la Valse à Jeanne, façonnant un monde plus étrange, malicieusement baroque et fantasmagorique, rappelant l’univers cinématographique d’un Tim Burton. Puis tout aussi onirique, voilà High Point, la compo qui ouvre magistralement l’album, avec sa clarinette merveilleuse – non sans me rappeler souvent celle des britanniques de Me & My Friends (cf «Before I sauw the Sea» album numéro 1 de mon Best-Of 2024, voir ici)- greffée sur le tempo métronomique de la cloche frappée par Léo qui fait par ailleurs preuve d’une haletante polyrythmie sur ses divers toms.

Seule compo issue de leur premier EP jouée ce soir, on en découvre alors le titre éponyme Libre à l’Intérieur, douce promenade sur fond d’orgue, où rayonne le tricot délicat de Camille sur les cordes de sa harpe aux volutes d’une pureté cristalline, on l’a dit proche d’une kora. Elles se font plus orientalisantes dans les sonorités d’une autre compo suivante (Ndlr,le titre n’est pas précisé, peut-être s’agit-il de Una Piel Ardente), véritable morceau de bravoure tant les rythmes y sont variés, combinant gros travail percussif et long chorus de piano éminemment jazzy.

La palette de couleurs est décidément très large chez Chocho Cannelle, puisqu’on bascule encore dans un tout autre univers avec l’explicite Industriel, qui nous plonge soudainement dans le vertige d’une block-party typique de l’underground berlinois, pour six minutes de folie combinant techno indus des nineties et réminiscences seventies du délirant  bidouilleur Joe Zawinul aux claviers chez Weather Report.

Le nombreux public tant au parterre qu’au balcon, happé de bout en bout par ce répertoire captivant joué avec maestria par les quatre musiciens, n’a rien vu passer de ce set pourtant bien généreux. Il est malgré tout le temps de se quitter, et pour le rappel c’est Camille qui prendra le micro pour donner quelques éclairages sur son étonnant instrument, si central dans cette formation. Avant d’interpréter une reprise d’Edmar Castaneda, musicien colombien considéré comme l’un des plus grands harpistes du monde, on apprend alors que cette harpe Ilanera (harpe des plaines) vient du pays des cow-boys, ceux de l’Amérique latine et plus précisément de la Colombie et du Venezuela où les gauchos des llanos en jouent… pour leurs vaches ! Permettant une fusion entre musique folklorique et jazz, elle offre un fort potentiel chromatique, confirmé par ce que nous avons eu le bonheur d’entendre ce soir parmi ce défilé de sons «hot» couture proposé par la maison Chocho Cannelle. L’élégance à la française, assurément !

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