02/04/2026 – Lucas Saint-Cricq Quartet « la Petite section » au Jazz Club de Grenoble

02/04/2026 – Lucas Saint-Cricq Quartet « la Petite section » au Jazz Club de Grenoble

Il fallait le goût sûr et l’audace de Salvatore Origlio pour proposer un concert de jazz « moderne » au Jazz Club de Grenoble, dont le public -averti certes- est plutôt habitué à du jazz un peu plus classique. Mais le choix d’inviter Lucas Saint-Cricq et ses amis s’est transformé en pari gagnant : la salle, pleine comme toujours, a été totalement conquise par cette musique tout à la fois jeune, puissante, enjouée, planante et formidablement entraînante.

Un coup d’œil à la scène avant le concert nous a fait découvrir un étalage impressionnant de pédales d’effets, un clavier bardé de boutons et une batterie aux accessoires spectaculaires. Mais disons-le d’emblée, ce déploiement de technologie est ici parfaitement maîtrisé par les musiciens, pour créer les sons, les effets et les ambiances au service des compositions de Lucas, sans jamais prendre le pas sur la créativité artistique des musiciens.

Le concert commence par une improvisation au saxophone, dont la sonorité et les schémas nous emmènent en Orient ; on pense bien sûr à la musique d’Ibrahim Maalouf. Puis entrent Corentin Pujol au clavier ; Tao Ehrlich à la batterie et Pierre Gibbe à la basse. D’emblée le style puissant et précis de Tao et la virtuosité créative de Pierre annoncent une rythmique très solide et intéressante. Comme à plusieurs reprises au cours du concert, cette improvisation est en fait une introduction au thème proprement dit. Le deuxième titre est Histoire De, au tempo lent, sur lequel Pierre nous offre un joli chorus.

Easy Cloud, titre planant et « bluesy », nous fait découvrir le mélange fort bien dosé entre la batterie acoustique et le « pad » électronique, qui accompagne le premier chorus de Corentin, onirique, délicat, subtil.

Puis Lucas, donne à son sax des sonorités berbères, grâce à sa parfaite maîtrise des effets et de son instrument, pendant que Pierre fait prendre à sa basse des accents de flamenco (merci la cinquième corde !). Après cet Artefact, le thème de l’Espagne reviendra dans Sevilla.  Ce titre, Pad Tight, donnera l’opportunité à Lucas et Tao, complices de longue date, de dialoguer littéralement face à face, en une sorte de jeu de questions-réponses, de poursuites, absolument jubilatoire, pour nous comme pour eux à l’évidence.

Quel plaisir de partager avec ces musiciens leur complicité et le plaisir qu’ils ont à « jouer » ensemble. Lucas profite d’un thème très « funky », La Jam du Rougaï, pour présenter ses amis musiciens de façon originale, en évoquant leur première rencontre, parfois très ancienne, mais qui les aura suffisamment marqués pour que Lucas se décide, avec et grâce à eux, à monter enfin son propre groupe. On sent que ces musiciens s’apprécient sur scène et « dans la vie ».

Le thème évolue en un son et une rythmique assez « house », qui donne l’opportunité à Lucas de profiter au maximum des incroyables possibilités de ses boîtes d’effets et de son « looper », parfois couplé à celui du synthétiseur. Le voilà accroupi, jouant du sax d’une main tandis que l’autre saute entre les boutons. On le voit aussi, souvent sur un pied, tandis que l’autre enclenche et déclenche ses boîtiers, allant même jusqu’à agir sur les potentiomètres ! : c’est une sorte de ballet…Oserais-je dire qu’il « prend son pied » et nous le nôtre ?

Just A nous offre une respiration et l’occasion à Corentin de prendre tout son temps, cette fois, pour laisser libre cours à sa grande sensibilité et à la richesse harmonique de ses improvisations.

C’est alors que Lucas nous prévient : maintenant « la Petite Section » va sortir les gros bras ! Le titre Primal Bestial annonce clairement ce qui va suivre, et on assiste à un formidable festival de Tao et de Pierre, dont le jeu puissant nous communique une énergie irrésistible : les spectateurs bougent sur leur siège : on sent l’envie de danser. Et en effet, pour le dernier titre, Jaramance, Lucas taquine (involontairement ?) le public grisonnant du Jazz Club, en invitant à danser « ceux qui peuvent se lever ». Eclat de rire et tous les spectateurs n’attendaient que cela pour se déhancher, et pour chanter avec l’orchestre, comme dans leur folle jeunesse !!

Faut-il meilleure preuve que le jazz, dans tous ses styles, communique une formidable et joyeuse énergie ? Merci et bon vent à La Petite Section, promise à coup sûr à de grands succès.

Auteurs/autrices