La première soirée de la vingtième édition de festival Jazz au Sommet.
Avant de laisser place à la musique, les organisateurs, actuels ou prédécesseurs, retracent l’histoire du festival à travers un quizz en six questions, chacune étant l’occasion d’évoquer des anecdotes qui témoignent de l’ancrage du festival dans son territoire. Outre l’amour de la musique, les liens sociaux, le rapport à la nature et au monde rural sont le ciment de cette manifestation qui, bien entendu, ne pourrait pas exister sans les nombreux bénévoles qui y concourent. En vingt ans, le festival a fait des petits : Jazz Mômes à destination des enfants, et Jazz au Village.
En conclusion, Geneviève Mandon, maire de Saint-Genest-Malifaux, ne peut que féliciter et remercier toute l’équipe.
Parrain de Jazz au Sommet depuis plusieurs années, Jérôme Regard a été sollicité pour ce vingtième anniversaire pour deux soirées « carte blanche à … ». Sideman dans l’âme, le contrebassiste s’est néanmoins laissé convaincre et a endossé avec brio le costume de leader du One Night Band constitué pour l’occasion : vieux compagnons route ou musiciens qui lui sont particulièrement chers, Manu Codjia à la guitare, Philippe « Pipon » Garcia à la batterie, Jules Regard [NdlR : neveu de Jérôme] ]au trombone et la chanteuse Paloma Pradal. Comme tout leader qui se respecte, Jérôme Regard a composé plusieurs morceaux de ce concert.
L’ouverture du concert est céleste : la voix chaude et ample de Paloma Pradal s’élève, a cappella, puissante dans la douceur. Manu Codjia y ajoute quelques petites touches bien senties qui élèvent encore l’émotion. Les poils se dressent sur les bras quand Jules Regard vient soutenir la voix à l’unisson avec un son délicieusement velouté. Petit à petit, la tension monte dans cette ballade sous les étoiles, Jules prend un chorus modal paroxystique jusqu’à la délivrance avec une grille d’accords plus propice aux développements harmoniques. Paloma Pradal prend le relais, dialogue avec le trombone. Sa voix est puissante dans tous les registres, même dans les moments les plus doux. Derrière sa batterie, Philippe « Pipon » Garcia est à l’affût de la moindre sollicitation à laquelle il répond à l’instinct. Il est incroyable de spontanéité et de réactivité.
Pour Emile, seconde composition de Jérôme Regard, démarre par un solo de contrebasse tout en harmonie, puis le thème est présenté à l’unisson par la voix et le trombone, serein, apaisant. Le solo de Manu Codjia est d’une très grande finesse, avec des phrases polyphoniques ciselées ; tout en retenue (enfin, au début), celui de Jules Regard fait preuve d’une grande maturité malgré son très jeune âge. Il a déjà bien intégré le fait que la musique, ce n’est pas seulement beaucoup de notes, mais aussi des notes longues et des silences.
Le Manège a été composé par Manu Codjia. Paloma Pradal a écrit un poème sur cette musique, qu’elle déclame sur un tapis d’accords aériens. S’ensuit une ballade lumineuse : M&E, puis Compo 62, écrite par Jules Regard en panne d’inspiration pour le titre, œuvre fougueuse, urbaine et bien ancrée dans notre siècle. Son chorus en laisse plus d’un pantois, alternant tensions et relâchements, virtuosité volcanique et lyrisme romantique où il se laisse aller légèrement en dehors de l’harmonie dominante, histoire de surprendre un peu son public … et ses collègues qui apprécient en connaisseurs.
Two Parts sera le seul morceau instrumental du set. Philippe « Pipon » Garcia s’arme d’un mégaphone avec une petite boîte d’effets pour imprimer une note un peu loufoque sur sa caisse claire. Sur une ligne de basse robuste et énergique, les solistes s’enhardissent et vont taquiner les limites de leurs instruments. Jules fait même une partie de son chorus à deux voix (et un seul instrument). Le morceau se termine sur un changement de cadence, dans lequel s’engouffre Philippe « Pipon » Garcia pour un mini solo, que l’on aurait aimé plus conséquent.
Le dernier morceau du set nous amène en Argentine avec Alfonsina y el mar (Ariel Ramirez et Félix Luna) qu’incarne littéralement Paloma Pradal. Elle met toute sa tessiture au service de ses émotions, elle met le chant à nu pour servir cette tragédie en musique. Le morceau se termine par une coda qui s’étire avec délice, Paloma flirtant avec le flamenco de style gitan pour notre plus grand plaisir.
En rappel, Jammin a des allures de jungle urbaine où trombone, contrebasse et batterie se lancent dans une course poursuite effrénée, tandis que Manu Codjia tord ses cordes et Paloma esquisse quelques mesures de rap, le tout à 120 à la blanche. Un véritable bouquet final.
Jérôme Regard leader, on en redemande, que ce soit au niveau de la composition ou de la prestation scénique. Espérons que, malgré le stress que génère l’exercice, il y ait pris goût, et que ce groupe d’exception ne reste pas éphémère.
