Le « Forum Incandescente » s’est tenu durant deux journées et soirées (voir ici) sous l’égide de Jazz(s)Ra et des « Canut.es » afin de « créer des espaces où les artistes femmes, queer et les personnes confrontées à la précarité puissent créer, expérimenter, se rencontrer et prendre leur place dans le jazz. «
Juliette Spano introduit la soirée et nous invite à assister à la « Jam en minorité » à l’issue de la soirée, mais auparavant elle annonce les deux concerts où les jazzwomen sont à l’honneur.
Je me demandais d’où venait l’appellation étrange de ce quintet féminin « Petit Singe ». L’explication tombe rapidement : il s’agit d’une formation née lors d’une résidence à La Baie des Singes (Cournon-d’Auvergne). Tout s’explique !
Passons à la musique. Les cinq musiciennes s’installent.
Devant, deux chanteuses bien connues de nos services : Célia Forestier, qui joue d’un charango à huit cordes et dispose d’un impressionnant pupitre d’effets, et Lou Rivaille, qui joue aussi de la guitare.
Le set débute par un solo de contrebasse de Fanny Bouteiller sur Brioche, de Fanny. Anne Quillier et Elvire Jouve lui emboîtent le pas, puis les voix émergent.
Le quintet s’affirme dès le second morceau, Hirsute, qui rend hommage à toutes les personnes qui diffèrent. Les vocalises s’opposent, dialoguent, s’intriquent.
Je t’aimerai est une composition de Célia sur des paroles de Brigitte Fontaine.
L’arme des 12 singes est également une composition de Célia, clin d’œil à Bruce W. et au film de Terry Gilliam de 1995. Encore une jolie joute vocale, soutenue par une batterie préparée foisonnante. L’arme serait-elle ce canon efficace entre Célia et Lou ?
Longue route est un magnifique morceau d’Anne Quillier qui met une nouvelle fois en avant la complicité des deux chanteuses, avec leurs styles différents. Elvire et Fanny complètent le dispositif par des apports luxuriants.
Avec Miroir d’eau, de Lou, les cinq musiciennes deviennent chanteuses pour créer une boucle à plusieurs voix.
Le morceau suivant, d’Anne Quillier, fait appel à de nombreux effets et propose un maelström virant au capharnaüm vocal et bruitiste. Les cinq musiciennes sont à fond !
La nuit, la pluie et l’orage a été inspirée à Elvire par une réaction de sa fille de trois ans face à une nuit très orageuse. Clochettes, effets, percussions et bruitages amorcent ce morceau naturaliste à l’ambiance plombée.
Comme avec le set d’hier des Incandescentes (voir ici), nous avons assisté à l’émergence d’un nouveau projet 100 % féminin qui prouve, si besoin en était, que les femmes et le jazz, ça a de la gueule et ça fait du bien.
Les musiciennes :
- Lou Rivaille : voix
- Célia Forestier : voix
- Anne Quillier : claviers
- Elvire Jouve : batterie
- Fanny Bouteiller : contrebasse
Où l’on découvre Olga Amelchenko, cette saxophoniste alto au son très pur. Originaire de Russie, elle s’est formée en Allemagne avant de s’installer à Paris.
C’est le premier concert à Lyon d’Olga Amelchenko. Lors d’une précédente venue dans la capitale des Gaules, elle s’était contentée de jouer un petit rôle dans le film L’Innocent (Louis Garrel, 2022), film où elle jouait une saxophoniste décédée, d’où son plaisir d’être bien vivante ici, devant un public d’amateurs.
Elle nous présente ce soir son nouvel album « Touching the Invisible », sorti le 23 octobre. C’est donc tout frais.
Pour ce projet et sur scène, elle est accompagnée du claviériste Rob Clearfield, découvert aux côtés d’Estelle Perrault (voir ici) ; du bassiste et contrebassiste Juan Villarroel, découvert avec Angelo Maria (voir ici) et le superbe trio de Mark Priore (voir ici) ; et enfin du batteur Richard Spaven. Il manque à l’appel le saxophoniste Musina Ebobissé, invité sur plusieurs titres de l’album.
Little victories est le premier morceau de l’album et le premier de ce set. D’emblée, nous sommes saisis par la pureté du son de la saxophoniste : aucun effet, que du vrai, que du bon. Tout se passe entre elle et son instrument. Le contraste avec le Fender Rhodes très « trafiqué » est saisissant et voulu. Bien sûr, Juan Villarroel n’est pas en reste et participe à l’assise rythmique à la basse. Nous le retrouverons plus tard à la contrebasse.
Unwritten skies nous invite dans une forme de jazz très « londonienne ». Le batteur n’y est pas pour rien. Richard Spaven, batteur venu de Londres, accomplit un travail considérable sans effet de manches. Une caisse claire au centre de son dispositif et une précision métronomique au service de la patronne.
Avec Looming Circle, on aborde une forme de marche héritière des Jazz Messengers, qui glisse vers des entrechats entre saxophone et piano.
Touching the Invisible : morceau dédié à sa petite fille, comme tout l’album, et qui a donné son nom à ce nouvel album. Un thème lent et captivant, où l’économie de notes participe de l’intensité proposée. Le Fender Rhodes, avec sa réverb’ prononcée, contribue à cette atmosphère.
Final sur Craving, avec un Fender Rhodes très saturé, une proposition résolument très moderne.
Rappel sur Christmas Song, une ballade délicate entamée au saxophone et au Fender Rhodes, avant que la contrebasse, puis la batterie, ne s’immiscent dans le jeu. L’un des thèmes les plus attachants de la soirée.
Une belle découverte que cette saxophoniste qui a su s’entourer de musiciens excellents au service de compostions captivantes.
Les musiciens :
- Olga Amelchenko : saxophone, compositions
- Rob Clearfield : piano, claviers
- Juan Villarroel : basse, contrebasse
- Richard Spaven : batterie
