Le mystère caché sous l’acronyme « M.C.R.*» Trio fut tôt éventé par les auditeurs du Jazz Club de Grenoble ayant en main le beau programme des concerts de l’année. Le jeudi 21 mai 2026, c’est le trio de Gérard Maimone (compositions, piano), Jean Cohen (saxophone ténor et soprano) et Fred Roudet (trompette et bugle) qui officiait salle Stendhal, entre les colonnes de l’ancien temple.
Fallait-il présenter ces musiciens venus non en représentation mais pour faire et partager leur musique ? Faute de l’habituel « jingle » swing du début de chaque concert, ce fut fait, mais pour le deuxième set seulement, avec tous les honneurs dus à ces vénérables vétérans, à leur longue carrière de compositeurs, concertistes, et à leur discographie impressionnante, ainsi qu’à leurs collaborations nombreuses et fécondes. Ah, Fred Roudet et ses formations multiples ! Attracteurs étranges ? Grio, Parabolique et autre Arfi. Ah, Cohen, Jean et ses improvisations et prises de parole courageuses, sa pédagogie originale et pleine d’empathie ! Ah, Maimone et son demi-siècle de carrière… ses participations à divers spectacles de théâtre ! J’ai encore dans les oreilles la musique de Maître Puntila et son valet Matti (G. Lavaudan, 1978). Fallait-il lui dédier un éloge spécial à l’occasion de ce concert au Jazz Club ?
Je crois que Maimone se moque assez des éloges, des honneurs et autres célébrations toujours plus ou moins pompeux. Laissons la pompe aux marches bottées. Il s’agit de vivre dans un monde où la musique est l’essentiel. Maimone crée un tel monde. Maimone, ce sont des centaines de mélodies sorties du cœur ! Ses compositions (Lady Blue, Denver, Yasha, Mano Lete…) ont touché celui du public du Jazz Club de Grenoble : des mélodies escarpées, courbées comme des arcs antiques, comme d’archaïques chants (ah oui, ça chante !), sauvages, abruptes, énergiques, jamais violentes, mais tendres, bifurquant sur fond d’harmonies heureuses… des chorus qui épousent les modulations rares, douces, lointaines… Jean et Fred déploient leurs rutilances, des sons âpres, des claquements sonores, des « forte » rageurs et des « piano » remplis de douceur ?
Ces musiciens n’ont plus rien à prouver, ils ne cherchent pas à démontrer quoi que ce soit. Ils sont dans la musique, dans le son, au cœur des rythmes, des modes et des mélodies. Ils cherchent à faire partager un monde, et leur meilleure récompense, c’est à la fois le plaisir qu’ils prennent à jouer et la communion établie avec le public.
* que l’on ne confondra pas avec le « détecteur d’alarme de fuite de gaz MCR », 12 volts
