Quelle formule originale ! Une formule chimique, quasiment. H2O ? Presque, puisque nous y respirons du bon oxygène, de la vitalité, de l’énergie et un charme évident. Le tout est porté par une pulsation parfois suggérée, souvent bien marquée, grâce à Blaise Chevallier, investi à la contrebasse, sauvage et technique. Ah, ces notes placées bien au fond du temps, en alternance avec les syncopes et les contretemps ! À ses côtés, les deux autres musiciens : Aurélien Guyot au violon (que de prouesses !) et, à la guitare, en remplacement de Michel Perez, Simon Martineau.
La formule initiale, c’est donc GPC ; ce soir, ce sera GMC.
Le guitariste se tire fort bien du défi que représente ce remplacement au pied levé. Il propose des chorus concertants, à la J.-S. Bach, en réponse au violoniste ou au contrebassiste, ainsi que des introductions soignées et subtiles, alternant phrasés et accords « à la Monk ». Son introduction de Monk’s Dream est un petit chef-d’œuvre !
Ce trio est étonnant, tant par son jeu que par les arrangements qu’il propose de grands thèmes du répertoire du jazz : Monk (Monk’s Dream, Brilliant Corners), Charlie Parker (Visa), Jobim (Retrato), Steve Swallow (Falling Grace), Chick Corea (Windows) ou encore No Moon at All. S’y ajoutent des compositions de Michel Perez : Ella et JF, hommage à Jean-François Jenny-Clark sur la grille de Just Friends ; ainsi que des compositions d’Aurélien Guyot, dont Louisa, dédiée avec émotion à sa fille et dans laquelle s’entremêlent étonnamment légèreté et mélancolie.
Les contrastes dans le jeu de ce trio sont d’ailleurs étonnants : un swing qui vous emporte avec sa rusticité bienfaisante ; des chorus « concertants » où se répondent les instrumentistes, tout en laissant place au silence, respiration nécessaire à la musique ; et, parfois, des chorus d’une grande virtuosité. Aurélien a un jeu brillant, avec des notes suraiguës plus surprenantes encore. Ce qui étonne aussi, c’est l’art avec lequel ces moments de bravoure sont amenés, « l’air de rien » — le bon air, vous dis-je ! —, au point que la performance semble évidente, sans pédantisme aucun, simplement parce que la musique, à cet instant, l’exige. Et dans cette diversité d’éléments, l’unité demeure, en grande partie grâce aux arrangements que propose ce trio étonnant.
Les musiciens :
- Aurélien Guyot : violon
- Simon Martineau : guitare
- Blaise Chevallier : contrebasse
